Citation
Un voisin mystérieux, ou, L'habitant du troisième étage.

Material Information

Title:
Un voisin mystérieux, ou, L'habitant du troisième étage.
Series Title:
Nick Carter weekly
Creator:
Carter, Nick
Place of Publication:
New York
Publisher:
Street & Smith
Publication Date:
Language:
English
French
Physical Description:
1 online resource (32 p.) 25 cm.: ;

Subjects

Subjects / Keywords:
Detective and mystery stories. ( lcsh )
Dime novels. ( lcsh )
Genre:
serial ( sobekcm )

Record Information

Source Institution:
University of South Florida
Holding Location:
University of South Florida
Rights Management:
All applicable rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier:
020237181 ( ALEPH )
367556851 ( OCLC )
C36-00024 ( USFLDC DOI )
c36.24 ( USFLDC Handle )

USFLDC Membership

Aggregations:
Dime Novel Collection
Nick Carter Weekly

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Format:
Serial

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.. aque fascicule con Nc.1. ..... Prix: 25 Centimes. Patsy avait vis juste, et le maillet fracass tomba dep, mains de l a brutale cana ille.

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lE GRAND DTECTIVE AMRICAIN Un Voisin mystrieux ou L'Habitant du troisime e Au Jeu de Baseball. De mme qu'un million, ou plus, d'Amricains, le fameux dtective Nick Carter, a une faiblesse; c'est un fanatique du jeu national. Quand sa vie affaire le lui permet, on le voit, spectateur attentif, passionn e r pour ce driv du jeu de paume, qu'on appelle bas eba ll. De bonn e heur e d ans la saison, un certain jour le trouva assis clans la grande tribune, par c ourant des yeux le terrain du polo, oubliant tout, l'exception d es mouvements des joueurs. Prs de lui se tenait son aide fidle et toute preuve, Chick qui lui aussi profitait de cette chose rare un aprs-midi de loisirs. Il prenait galement un intrt ardent la partie. Pendant un repos, comme les neuf partners chan geaient de camp, l'attention de Nick: fut attire par l'homme assis immdiatement devant lui... Et ce qui attirait cette attention, c'tait la perruque mal seyante e t mal ajust e qu'il lu i sembla que cet homme portait. Elle tait de couleur brun fonc, et immdiat ement au-dessous, derrire, se montrait une frange de che veux naturels, de nuance presque blond filasse. Nick ne lui avait, d'ailleurs, donn qu'un rapide coup d'il, et il ne savait pas au juste si ce n'tait pas le mlange des cheveux gris qui lui d on n ait cette nuance claire spciale. En dehors de cela, il n'y avait rien d ans l'homme qui pt pfi.rticulirement fixer l'attentio n Il regardait N C. 7 Tou s droits rservs les pay s y c o m ris la Sude l a Norvge. de tous ses yeux le terrain du jeu, les paules un peu arrondi es solidement assis et comme cras sur son sige, et paraissait prouver un rel plaisir dans l a contemplation de cette scne pleine d'activit et de vie. Cependant, il y a vait dans sa personne, s o n at titude et son aspect g n ral, quelque chose qui semblait Nick Carter vagu e ment familier L'ide qu'il avait dj rencontr cet h o mme et le fait qu'il portait u ne perruque qui n 'tait pas de la mme couleur que ses cheveux natu rel s, rveilla les instincts du policier. Mais aprs un moment de rflexion et c o mme il allait demander Chick s'il connaissait l'homme assis d evant eux, Nick se secoua en un mouvemen t d'irn patience, en se disant tout bas : Cette habitude de soupon est devenue une manie chez moi. C'est une seconde nature. J'entend s ne plus penser du tout cet individu et jouir franche ment de ce que je suis venu voir ici c_ une bonn e pa r tie de balle. Cependant, il lu i fallut faire effort pour dtourne1 so n esprit de l' h omme, et mme, en apit de la nature passionnante de la partie, ses regards revenaient in volontairement se poser sur cel u i q ue le hasard lui a vait fait remarquer. L a partie tait peut-tre m o it, qand un homm arriva soudainement; il resta debout, essayant d'at tirer l'attent io n d u personnage assis devant Nick. ..

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2 Un Voisin mystrieux. Qua nd il y eut enfin r us si, il l eva en l'air un petit mor ceau de papier, puis demanda son voisin d e le faire p a sser. Comme il y avait une certaine distan ce e ntre les d eux places, le papier, un simple billet pli en qu at re, dut passer par un assez grand nombre de m a ins avant de parvenir son destinataire . C e l ui ci l'ouvrit av e c un mouvement de la main d'une prudence singulir e qui n'chappa pas l' o b s er vati o n d e Nick et de Chick. C' tait un mouvement que quatre-vingt-dix-neuf observateurs sur cent n'auraient sans doute pas re marqu mais qui trahissait, pour des hommes ex p rim e nts comme les deux dt e ctives, des habitud e s d e my s t re, d e ruse et de circonspection, r sultant d'une l o ngue du c ation. Lorsqu'il eut pris connaissance de ce qui tait crit sur le papier, l'homme, sans bouger, se mit rouler, froisser le billet dans sa main, tout an con tinuant de suivre attentivement la partie. Cet incident, insignifiant en lui mme, fit cepen dant que Nick demanda Chick s'il avait dj vu cet homme-l. Chick rpondit tout de suite qu il ne croyait pas l'avoir jamais vu, et, pour le moment, ce sujet fut oubli dans l intrt du jeu. Mais pendant un intervalle de repos, Chick dit Nick: -J'ai regard cet homme avec assez de soin; je ne puis me rappeler l'avoir ren c ontr. Cependant il y a dans son dos quelque chose qui m'est trange ment familier. Nick se mit rire, et Chick se hta d'aj outer: Je sais que c'est absurde de dire qu'on re connat un homme son dos, et cependant cela m'ar rive souvent. Ce n'est nullement absurde, Chick, rpondit Nick. Pour un observateur pati ent et soigneux le dos d'un tre humain est presqu e a us s i expressif que s o n visa g e. Il s'y montre une partie du caractre et des habitudes, si l'on veut se donn er la p e ine de re g a rder. Chick ne rpondit cette remarque que par un signe de t te et Nic k poursuivit: Je riais tout simpl ement parce que j'avais eu exactement la mme ide pour exactement la mme r a ison Mais, Chick re g ard e sa perruque; elle ne s'accorde pas avec la couleur d e s es cheve ux. Chick regarda et eu t un mouvem e nt de surprise ; puis il d e m a nd a : S'es t-il fait une t te? C'est diffi c ile dire, rpondit Nick. S'il s'est fait une t t e pour s e d g ui se r, c' est un e d es c hoses l e s plus habilem e nt faites que j'aie vu e s. Mais je n e l e pens e pas. J'igiagine que l'homme est si chauve qu'il ne lui reste qu'un e l g re frange de e t que s a perruqe n'est p as trs bien ajuste D'aille:urs, je ne m'o c cupe plus de lui; je suis v enu ici pour voir un jeu de b a lle A ce moment et cqmme pour r pondre la re marque d e Nick, propos de sa perruque de travers l'homm e r e tira son chap eau, ajusta cette perruque avec sa main d e fa on la repou s ser l gr e ment en arrire, e t recouvrit ainsi la bordure de ch e veux n a turels dont Nick venait de parler. L'incident tait clos en ce qui concernait l e s d e ux d tecti ve s, et ils s'a bsorb rent de nouveau dans l e spe c tacle qu'offrait le terrain d e jeu. Une d e mi-heure plus tard, p endant un chang e ment de camp, l'homme qui avait t le sujet de leur conversation se retourna tout coup sur son sig e et dit Nick: Je crois ne pas me tromper; c'est bien Mr. Nic holas Carter le fameux d tective, que j'ai l'honneur de m'adresser? Quelque peu surpris, Nick, cependant, s'inclina polim e nt. Permettez moi de me prsenter, dit Je m'appelle James Avery. Ma seule excuse pour me prs enter ainsi moi-mm e, c'est que j'ai appris ce matin que nous sommes voisins. Oh 1 rpondit Nic k, vous tes alors le locataire du tro i s i me tage qui a emm nag hier? Lui-mme ; r pondit Mr. Avery. Il eut un sourire singulier et continua: Les gens superstitieux dira:ient que j'ai fait un mauvais dbut. C'tait un vendr edi et le treize du mois; et une glace, que l'on transportait dans l'esca lier, est tombe et s'est casse en morceaux. '---C'est cette chute de la glace qu e je dois de connatre votre emm nagement. Ma cousine m'en a parl hier soir. J'esp re, rp o ndit Mr. Avery, que v.ous ne pen serez pas qu e le mauvais sort va s'attacher moi, et qu e vous ne m'e mpcherait pas de faire av e c vous plus ample connaissan c e, en ma qu a lit d e voisin. Nick se mit rire et r pondit: Je ne crois pas tr e superstiti e ux. -V ous jouez aux ch ec s ce que j'ai entendu dire, Mr. Carter, reprit Mr. Ave ry. J'adore les checs, et j'esp r e que nous pourrons en faire qu e lqu e s par ties pour notre amusement mutu e l. Je joue aux checs, quand j'en peux trouver le t e mps rpondit Nick. Mais j'ai peu de loisirs en ce m oment, quoique les c hecs soient un j e u d e longu e hale in e qu'on peut lais se r de ct quand d' a utres occup a ti on s v ous rclam e nt. J'espre donc que nous y jouerons, dit Mr. Avery en se retournant sur sa ch a i se. Nic k s'inclina et donna toute son atte ntiort aux d ernie r s coups du jeu de balle Q uelqu e s minutes avant la fin, un homme se fr aya un c h e min d ans la grande tribune, non loin d e s sig e s occups par Nic k et Chi ck.

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Un Voisin mys l rieux. 3 11 poussa un sifflement particulier dont la stri dence attira l'attention de tout le monde aux environs, y compris Nick et Chi ck. Les deux dtectives le reconnurent aussitt comme le chef du Bureau des Dtectives de la polioo de la cit; il tait en civil. Il avait donn un coup de sifflet pour se faire remarquer de Nick, qu'il ne pouvait rejoindre sans grimper sur le dos d'un grand nombre de specta teurs. Il vit qu'il avait russi et cria: -J'ai besoin de vous voir; je vous attendrai ici quand le jeu sera fini. Nick fit un signe d'assentiment; il remarqua que le fonctionnaire avait pris soin de ne pas prononcer s on nom. Qu'est-ce qu'il y a? demanda Chick. Je ne sais pas, dit Nick, mais j'ai appris ce matin qu'il avait envie de me voir. Ce petit incident venait d'avoir lieu, lorsque Mr. Avery se levant lui dit: Je suis vieux, un peu estropi, et je vais saisir l'occasion de me retirer de la foule avant les bouscu lades de la sortie. La chose n'avait rien que de naturel et l'homme s'en alla. Il avait peine disparu que Chick aperut sur le banc o il tait assis un morceau de papier froiss et roul presque en boulette. Il se pencha, s'en em para, le dplia et l'aplatit avec la main. Il y avait d'un ct une ligne d'criture au crayon, un peu indistincte en raison du froissement auquel avait t soumis le papier. Cependant Chick n eut pas de difficult lire ces mots: Gare! Nick Carter est assis droit derrire vous. Chick passa le bout de papier Nick qui le lut avec quelque surprise et le rendit Chick. Au bout d'un moment, il dit: --C'est assez suspect; mais ce ne le serait pas s'il y avait un mot de moins. Quel mot? demanda Chick. -Le mot gare. Le reste irait tout seul. Nous pourrions supposer que l'homme qui a emmnag dans notre maison tait dsireux de faire ma connaissance et qu'un de ses amis m'ayant reconnu assis prs de lui, lui fai sait innocemment savoir qu'il avait sous la main l'occasion de satisfaire ce dsir; mais le mot gare, donne une signification sinistre tout le reste. Je suis de cet avis, dit Chick, mais je connais l'homme qui a crit a. Vraiment? demanda Nick. Qui est-ce? C'est un courtier la Bourse; il s'appelle Al-bert Cummings. --Que sais-tu de lui? Rien de grave. Il mne une vie un peu dissipe; il dpense beaucoup et fait la fte quand la cote lui est favorable. La seul e critique que j'aie jamais entendu faire de lui, c'e s t qu'il joue la Bourse le jour et aux cartes la nuit. Il n'y a pas grand mal cela, rpondit Nick. Ce que tu me dis l donne pour moi un autre aspect cc bout de papier. J'imagine qu'aprs tout il n'y rien de suspect l-dedans. 1 Il reprit le papier, et l'examinant nouveau, il dit: En fait, Chick, il ne faudrait pas se donner grand'peine pour changer le mot qui signifie gare, Wary, en Avery. C15.ick regarda le papier son tour et rpondit: C'est, ma foi, vrai. Mais il glissa le papier dans sa poche. Quand les jeux furent termins, les deux dtec tives se dirigrent vers 1'extrmit du passage o le chef du Bureau de la Sret les attendait. Nick, dit ce fonctionnaire, j'ai besoin de m'en tretenir avec vous d'un sujet important. Je vous verrai dans dix minutes, en bas, au bureau. Si nous ne pou vons pas nous y parler librement, nous chercherons un autre endroit o nous puissions le faire. Il s'loigna rapidement et Chick dit: Voil encore de la besogne pour nous, si je comprends bien. J'espre que non, rpondit Nick. Je viens de m'atteler tm cas nouveau, et pourtant je ne vou drais pas refuser au Chef, si c'est une' affaire impor tante. Une s .ingulire histoire. Le chef de la Sret ramena les deux dtectives la grande tribune, entirement dserte cette heure. Aprs les avoir pris de s'asseoir, il leur dit: Le Bureau des Dtectives est aux prises avec l'affaire la plus dure et la plus pineuse qu'il ait eue traiter depuis de nombreuses annes. Qu'est-ce que c'est? demanda Nick. -La chose est toute spciale, dit le Chef, non pas tant pour le crime en lui-mme que pour la ma nire dont agissent les gens qui en sont les victimes. Ils aident plutt les criminels et mett:ent des btons dans les roues des agents du bureau qui s'efforcent d'lucider le crime. Puis nous rencontrons un obstacle que je n'ai jamais rencontr auparavant; on dirait que chacun de nos mouvements, quelque bien cach qu'il soit, est immdiat e ment connu de la bande des complices. De plus, il semble qu'il n'y ait pas moyen d'atteindre cette bande dans tous ses lments. L'or ganisation en est merveill e use. Alors, tout en n'ayant pas l'intention d'abandonner un seul instant nos re cherches, nous voudrions vous avoir ct de nous, travaillant indpendamment. Je suis autoris vous faire cette proposition. Racontez-nous l'affaire depuis le commence ment, dit Nick. -Eh bien, cela va nous ramener environ six mois en arrire dit le Chef. Vous vous souvenez

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4 Un Voisin my s t rie ux. prob ab l e ment qu'il y a environ six mois les journau x tai e nt pl e ins d'bistoires de rapts d enfants? Oui, dit Nick; je m'en souviens, et que le th tre des oprations de ces voleurs d'enfants s'tendait peu prs de l. Soixante-cinquime rue la Centime rue d e s deux cts. C'est -dire, expliqua le Chef, sur trois pts de maisons de chaque ct du Parc. Je croyais, dit Chick, qu' cette poque on vous avait combl d1log e s pour avoir retrouv les enfants. En effet, reprit le Chef, car c'est une chose bizarre : on nous jette souvent la pierre injustement, et on nous loue rarement Mais dans ce cas, nous avons reu des loges que nous ne mritions pas; j:e n'en fais pas un aveu public. Je ne vous comprends pas, dit Nick. Eh bien 1 la vrit, reprit le Chef, c'est que nous avons t aids pour re c ouvrer les enfants par la bande qui les volait. Que j e sois pendu si j'y vois goutte 1 fit Chick C'est difficile comprendre, dit le Chef, quand on ne sait pas leur mani re d'oprer. Leur plan n'est pas tant de voler des enfants que de tenir tout un q u a rtier dans la terreur et de faire payer aux parents u n e s omme mensuell e d termine pour qu'on ne prenne p as leurs e nfants. -Ah 1 c'est un noir complot 1 s'cria Nick, qui avait c o mpris ds le premier mot. Oui, c'est un noir complot dit le Chef, et il es t mis en uvre avec un e grande habilet. Tout d'ab o rd ils ont enlev d e u x ou trois enfants ; qu'ils ont gard s jusqu' ce que les parents eussent vers la s o mme ronde pour leur retour D a ns chacun de ces c as les parents taient riches; ils pouvaient payer la somme exig e sans trop s'en ap e r cevoir. La seconde opration fut d'enlever un cer tain n o mbre d'enfants pendant plusieurs jours de sui te dans diffr(:lntes part.ie s du quartier qu'ils voulai e nt e x ploiter et d e l es ndre aux parents sans d e mander d'arg e nt qu e lq u e fois directement, mais gnral ement p a r l'intermdiair e de notre bureau. -C omment l e s rend a ient ils par l'intermdiaire de votr e bur e a u ? demanda Nick. Pr e squ e aus s it t apr s que les par e nts nous avaient notifi la di s p a rition de l'enfant, nous rece vions avis que l'enfant s e trouverait tantt dans un t e rr a in vagu e tantt un endroit dtermin du Parc, tantt dans une mai s on vid e ou dans un des apparte ments inoccup s d'une maison habite par de nom breux l o cataires. N avez-vous jamais su de qui venaient ces avis ? P a s une seul e fois, rpondit le Chef; nous n'av o ns ja m ais su d'o venait l'avis, ni comment il nou s p a rv e n a it Sous quelle forme vous a rrivait il? Ordinairement c'tait une note imprime, sans signature, adresse par la poste, moi ou quelque employ du Bureau; quelquefois nous trouvions la lettre sur le plancher, comme si on l'avait glisse sous la porte, ou encore sur mon pupitre ou celui de quelque autre fonctionnaire. C'est trs mystrieux, rpondit Nick. C'est ce qu'il y a d'irritant dans l'affaire, reprit le Chef. Avec cela, ils avaient l'air de nous traiter si lgrement qu'ils ne prenaient mme pas les prcautions ordinaires pour nous donner ces avis -Ne vous ont-ils jamais tromps? demanda Chick. Jamais, rpondit le Chef. En chaque circons tance, nous avons trouv l'enfant juste l'endroit o la note disait qu'il se trouverait, et chaque fois, l'enfant nous dit que les personnes qui le dtenaient venaient de s'en aller. Ils taient donc exactement informs de votre approche, fit Nick. Tout marche m thodiquement chez eux, dit le Chef. Il doit y avoir une tte dirigeante et une solide, qui conduit tout cela et qui les autres obissent aveuglment. Bien 1 mais quel tait leur but, d'enl e ver le s enfants et puis de les rendre simplement? demand a Nick. Tout uniment pour montrer aux parents av e c quelle facilit ils pouvaient s'emparer de leurs en fants et les emporter. Ces enlvem e nts avaient li e u n'importe quel moment, depuis le grand matin jusqu' une heure avance de la journe. Dans quelques ca s mme, ils allrent jusqu' informer les parents d e l'heure laquelle on leur vol e rait leurs enfants. Et, en dpit de toutes les prcautions prises, le s enfants disparaissaient l'heure dite. En une circonstance o les parents avaient soi gneusement empch l'enfant menac de sortir de la m a ison, on pntra. dans cette maison et l'enfant en fut enlev. En une autre circonstance, les parents m'apport rent aussit t l'avis qu'ils avaient reu; je postai un dtective, l'un des meilleurs de la brigade, l'int rieur de la maison comme gardien, et malgr cela on s 'aperut que l'enfant manquait presque exactemen t l'heure indique. Celui-l on l'avait enlev d'un des tages su prieurs de la maison, en le faisant passer par la lucarne du toit; on l'avait ensuite, comme nous l'avons d couvert plus tard, fait descendre par la maison d'un ami de la famille, dans la rue, o l'homme qui l' e n tranait sauta avec lui dans une voiture qui s'loign a toute vitesse. Lorsqu'ils eurent ainsi jet la panique dans tout quartier, un petit vieux se pr senta en plein jou r, quand les pr e s de famille taient leur bureau, et demanda voir les mres, exigeant d'elles l'engage ment de payer :rgulirement, une certain e somme

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Un Voisin mystrieux 5 contre };assurance qu'on ne s'attaquerait pas leurs enfants. Il y a lieu de s'tonner du grand nombre de parents qui consentirent ce march. Les craintes maternelles en furent la cause Il y eut beaucoup de cas o les pre s voulaient rsister et refuser de se soumeltre ce tribut; mais les supplications et les prires des mres l'emportai ent le plus et les pres cooaient pour tranquilliser l'esprit de leurs com pagnes. Je suppose qu'on imposait la condition que les au'torits de la police ne seraient pas informes du paiement de ce tribut forc. Oui, rpondit le Chef, c'tait une condition im pose dans chaque cas, et le malheur est qu'elle soit encore maintenant respecte. Les se taisent, parce que l'exprience leur a prouv que les gredins tiennent religieusement parole; les pres, parce qu'ils savent qu'en donnant cet argent, ils font une chose illgale. Puisque vous savez que cela se fait, dit Nick, il faut bien qu'on vous l'ait parfois dnonc. En effet, rpondit le Chef: trois personnes nous ont rvl ces exigences, et dans chaque cas, leur dnonciation a t suivie aussitt de l'enlvement d'un des enfants de la famille; et toutes les autres furent promptement informes que les enfants avaient t vo ls, parce que les parents s'taient tratreusement adresss au Bureau des Dtectives. -De quoi il rsulte, dit Nick, que ceux qui paient le tribut n'en parlent pas. C'est bien cela, reprit le Chef. Debout en face de moi, ils affirment ne rien faire de pareil, quand je suis certain que, chaque mois, ils versent une somme. Croyez-vous que ces bandits recueillent une. somme importante? demanda Chick. Je ne puis que faire des suppositions, dit le Chef; mais ce doit tre trs considrable. C'est une des plus audacieuses et impudentes combinaisons pour extorquer de l'argent, dont j'aie jamais entendu parler, dit Nick. Oui, et l'une des plus vastes aussi, dit le Chef Quand ils ont ainsi pli un quartier leurs exigences ils commencent leurs oprations dans UJi autre; celui l faonn, ils passent u troisime, et ainsi de suite. Vous ne vous tes jamais trottv en contact avec un de la bande? demanda Nick. Si, rpondit le Chef; j'ai moi-mme nis la sur un homme qui venait" de voler un enfant; mai s, en fait, cela ne m'a bon rien. Comment? fit Chick. Parce que l'homme ne veut pas parler, rpondit le Chef. Il dit qu'il prendra volontiers sa mdecine parce qu' o n le soigne bien. -O. estil en ce moment? demanda Nick. Oh! nous le tenons sous clef et nous le gar-dons jusqu' ce que nous puissions faire d'autres arrestations. Maint
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, I 6 Un Voisin mystrieux. ce petit vieux? Si, rpondit le Chef, plus d'une fois, mais il a mis en dfaut nos plus fines mouches; il disparais sait soudain, comme s'il s'tait enfonc sous les pa vs. -Moi et Ha.gan nous l'avons relanc jusque dans un saloon. J'aurais jur que nous n'tions pas dix pieds de distance de lui, quand il entra dans ce cabaret, et cependant lorsque nous en franchmes pr cipitamment les portes aprs lui, il n'y avait plus trace de son individu. Et personne dans la salle ne put nous dire si un homme rpondant son signalement tait entr ou non. tait-ce un endroit suspect, qui lui ft familier, suivant vos suppositions? demanda Chick. Non, rpondit le Chef; un des endroits les mieux frquents de la ville, et les deux propri taires sont de mes amis personnels. Y a-t-il l'intrieur, un endroit o il aurait pu se glisser, 'Une fois la porte franchie? demanda Chick. C'est l le plus singulier, rpondit le Chef. La porte par laquelle il tait entr, est la porte de der rire, donnant sur une rue tranversale; elle ouvre sur un petit vestibule spar de la. salle du bar par de doubles portes battan-tes. Il n'y a pas d'autre entre ce vestibule. De l'autre ct de ces portes, on trouve main droite un bar pour les lunchs, et gauche, la porte du cabinet de toilette. Nous fmes les recherches les plus minutieuses et nous ne trouvmes absolument rien. Chick n'avait plus de questions faire; il tait absorb dans ses mditations. Finalement, le Chef demanda Nick s'il consen tait entrer dans l'affaire. Oui, rpondit Nick, nous y entrerons. Nous savoni;;, dit le Chef, que vous n'acceptez jamais d'instructions de personne pour votre travail, et que, si vous vous occupez d'une affaire, vous en tend e z employer vos mthodes particulires. Mais, dans ce cas, nous dsirons plus que jamais que vous agissiez indpendamment de nous, et votre manire. C'est ce que je ferai en toutes circonstances, rpondit Nick. Eh bien, il est entendu que vous nous donnez votre concours. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites le moi savoir et vous l'aurez, si c'est en pouvoir. D'abord, rpondit Nick, donnez Chick le nom de l'homme que vous tenez sous clef, l'endroit o il est enferm, et l'autorisation de le voir et de lui parler. Le Chef tira son crayon et son portefeuille, cri vit le nom de Budd W eston sur un morceau de papier et le tendit Chick en disant: V o'us trouverez l'homme la prison des Tom bes et vous n'aurez aucune difficult parvenir jusqu' lui. Mais ne vous avancera rien; il ne veut pas parler. C'est possible, dit Nick, avec calme, mais nous avons parfois des moyens dtourns de toucher ces individus. En tout cas, Chick, Patsy ou moi, nous le verrons d'ici vingt-quatre heures ... Maintenant, il y a quelque chose que je veux vous demander. Quelle chose? demanda le Chef. Laisse z cet homme, Budd Weston, libre d'aller en ville demain quatre heures de l'aprs-midi. Grands dieux 1 Et pourquoi? s'cria le Chef. Du moment o il franchira la porte des Tombes il sera suivi par le plus fin limier qui existe sur la surface du globe, dit Nick, tranquillement. Et qui ? demanda le Chef. Patsy Murphy, rpondit Nick. Il deviendra en moins d'un jour, plus que l'ombre, l'ami intime, le copain de Budd W eston Le Chef tira sa moustache d'une main nerveuse et dit: Pourquoi n'ai-je pas pens cela? Chick clata de rire, et dit: Pour cette raison, Chef, qu'il n'y a qu'une personne au monde que nous ayons jamais vu, vous ou moi, capable d'accomplir cette tche la perfection, et que c'est cette petite merveille qui s'appelle Patsy. suppose que vous avez raison, dit le Chef. Eh bien 1 si vous voulez que l'homme soit relch, nous le laisserons sortir. Il est important qu'il sorte, Chef, dit Nick, avec insistance. D'aprs ce queje vois par votre rcit les moyens employer pour dcouvrir une bande si bien dirige, doivent sortir de l'ordinaire. Oui, vous avez raison, dit le Chef. Je veillerai ce que ce soit fait. Maintenant, si vous n'avez pas autre chose me demander, je m'en vais. Nick lui dit qu'il n'avait, en effet, rien de plus lui demander, pour le moment, mais, qu'il irait pro bablement le voir le lend e main. Le Chef s'loigna donc, laissant Nick et Chick aller ensemble de le:ur ct. Tout en marchant, Chick dit: Entreprise assez ardue, Chef, n'est-ce pas? A premire vue, dit Nick, c'est l'affaire la plus difficile dont nous ayons jamais eu nous occuper. Mais j e crois, en raison mme de la hardiesse avec laquelle le jeu est men, de la mthode et de l'ordre qui semblent marquer la conduite de ces coquins que nous trou.ve:rons dans trs peu de temps, quelque fissure par o pntrer au cur de la place. Mainte nant, Chick, je vais remettre cette affaire entre tes mains. Moi, je prendrai celle dont je t'ai parl; je ne sais pas encore au juste ce que c'est, mais j compte l'apprendre ce soir. La p.remire chose que tu aies faire, je crois c'est d'aller v:oir ce Budd W eston, de le travailler et de t'assurer de ce qu'on en peut tirer. La soconde chose est de mettre la main sur Patsy et de le prparer la besogne qu'il aura faire.

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Un Voisin mystrieux. 7 Il y a dix parir contre un, dit Chick, que Patsy saura tout ce qui concerne Budd W eston. Sur ces mots, les deux dtectives se sparrent pour suivre chacun leur chemin. Le chque falsifi. Le chemin que prit le fameux dtective le condui sit dans la Cinquime Avenue, la maison de Mr. William Barton, prsident du conseil d'administration de l'une des banques les plus considrables et les plus riches de la ville. Arriv cette maison, il donna son nom et fut aussitt conduit la bibliothque, o il trouva non seulement Mr. Barton, mais le caissier de la banque et d eux des directeurs. Nous sommes heureux de vous voir, Mr. Car ter, dit Mr. Barton. Vous pourrez peut-tre, jeter quel que lumire sur un cas qui nous intrigue, et si vous russissez, vous mettrez sans doute un terme une action criminelle aussi nuisible qu'aucune de celles dont j'aie jamais eu connaissance. Racontez-moi l'affaire, dit Nick laconiquement, en prenant le sige que Mr. Barton lui offrait. Mr. Barton alla son bureau et, retirant une feuille de dessous un presse-papiers, il la tendit Nick. En la prenant, Nick s'aperut que c'tait un chque sur la banque dont l\fr. Barton tait le prsident, La Pearl National Bank portant rgulirement la signature de la maion sociale Wilmot, Dewey & Cie. Le nom de cette maison de commerce tait imprim avec son adresse l'une des extrmits du chque et le timbre mobile obligatoire tait coll au milieu. Au premier coup d'il, Nick ne vit l qu'un chque ordinaire; il le retourna, et vit qu'il avait t dment endoss et qu'il portait la griffe d'acquit indiquant qu'il avait t pay. Il le regarda de nouveau au r e cto pour en voir J.e montant, supposant que c'tait un faux; mais il s'aperut qu'aucune somme n'tait mentionne sur ce chque. La ligne sur laquelle cette somme est ordinaire ment inscrite, tait reste en blanc, et le coin, aprs le signe conventionnel qui annonce des dollars, o la mme somme est d'ordinaire crite en chiffres, tait aussi en blanc. Sur la face on voyait clairement la marque de contrle du comptable. Levant la tte pour avoir quelque explication, il vit que les yeux de tous ces financiers taient fixs ardemment sur lui. -Eh bien l interrogea Mr. Barton, que pensez vous de cela? Je ne peux pas en penser grand'chose, rpondit Nick, avant d'avoir quelque autre explication. Je vois que ce chque qui a t contrl, qui parat avoir les endos rguliers, qui est marqu pay, ne porte aucune mention de son montant. Je prsume que ce n'est pas un cas de faux. Non, dit Mr. Barton, ce n'est pas un cas de faux. La signature, l'endos, le certificat de contrle, l'acquit, tout cela est rgulier et correct. C'est un cas de chque major. Quand e chque a t tir, il l'a t pour la somme de cent quinze dollars; et pourtant quand il a t pay, il .rclamait dix mille quatre-vingt-deux dqllars et cinquante-six cents. Ce total a t pay par le comptable, et la Pearl National Bank essuie la perte de cette somme. Mais, dit Nick, il n'y a pas l de somme ma jore. C'est ce qui rend la chose si remarquable, reprit Mr. Barton. Le total major se trouvait sur le cHque quand il fut pay et y subsista pendant vingt-quatre heures, notre connaissance certaine; mais depuis il a compltement disparu, comme vous le voyez. -De l'encre sympathique, dit Nick. Alors vous savez donc, qu'il y a de l'encre de cette espce? demanda l'un des directeurs. Il y en a de bien des espces, rpondit Nick. Il y en a qui di .sparat en une heure sous l'action de la chaleur; une autre espce s'vanouit en quel ques jours, sous l'action du temps. Nick porta le chque sou.s la forte lumire lec trique qui tait suspendue au-dessus du bureau et, tirant de sa poche une grosse loupe, il l'examina de nouveau. Il revint vers le groupe en disant: -Ma loupe n'est pas assez forte pour me per mettre de le dire avec oertitude, mais il me parat que nous sommes tombs sur quelque chose de nouveau en fait de crime. Il me semble que ce chque a t soigneusement lav avec quelque prparation chimique, qui a enlev l'encre, sans dtruire la surface du pa pier ni l'criture premire. C'est ce que j'ai suppos moi-mme, remarqua Mr. Barton. S'il en est ainsi, reprit Nick, c'est le premier cas ma connaissance o il n'y ait eu ni dcoloration ni destruction de la surface satine du' papier, en faisant usage de produits chimiques. Alors vous avez l'ide, demanda Mr. Barto.n, que vous tes en prsence d'un cas o un produit chimique que vous ne connaissez pas encore, a t employ. C'est mon ide, rpondit Nick. Quoi qu'il en soit, il se peut qu'on dcouvrira des traces de l'usage de ce produit chimique quand le chque sera pla c sous un microscope. Quelle est cette maison dont la signature est sur le chque? Une maison trs honorable, faisant de grosses affaires en cordages. Comment se fait-il, demanda Nick, qu'une mai son importante qui tire de nombreux chques n'ait

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8 Un Voisin mys t ri e u x pas un de ces timbres l'emporte-pice -qui frappent le montant au pointill travers le papier. Vous touchez en ce moment, rpondit Mr. Barton, au point le plus mystrieux de cette affaire et la seule chose que nous puissions reprocher au comp table qui a fait encaisser le chque. Wilmot, Dewey et Cie ont un timbre comme celui-l et s'en servent invariablement. Bien plus, ils s'en sont servis pour ce chque et cependant la frappe n'tait pas visible quand il a t prsent au comptable. Sachant comme il devait le savoir que la pratique invariable de tte maison tait de perforer le montant, il n'aurait pas d le payer puisque la perforation n'y tait pas. Vous dites, demanda Nick, que ce chque, quand il a t tir pour cent quinze dollars, tait per for? Certainement. De nouveau Nick porta le chque sous la lumire et l'examina avec sa loupe En revenant, il dit: Il y a quelques indications, invisibles l'il nu, tendant prouver que l'on a touch ce chque. Si par une pice rapporte on peut supprimer des marques si videntes, c'est la plus dangereuse chose que j'aie jamais vue dans ma carrire. C'est la mise .nant de toutes les prcautions que nous avons pu imaginer, dit Mr: Barton. Nick dposa le chque sur le bureau revint son sige et demanda: Racontez-moi les circonstances dans lesquelles ce chque a t dlivr . .. Le chque fut remis par Wilmot, Dewey & Cie., un plombier gazier qui avait fait quelques travaux dans leur magasin. Le plombier n'a pas de compte en banque; ayant besoin de Cj:lt argent, il alla dans 'Un saloon du voisinage et demanda au patron du cabaret de le lui changer contre des espces. Un homme se trouvait l, un homme vieux et petit, qui demanda voir le chque lorsque le patron du saloon eut dclar qu'il n'avait pas assez d'argent pour le changer. Quand il l'eut entre les m::i.ins, l'homme dit que c'tait correct et qu'il con naissait la maison de commerce; il tira l'argent de sa po c he, le donna au plombier et, naturellement, garda le chque. 'La suite de l'histoire, notre connaissance, c'est que le chque fut prs e nt notre banque, aprs avoir t, comme je vous l'ai dit, major au chiffre ile dix mille quatre-vingt -deux dollars et cinquante-six En cette occasion, on ne demandait que de cer tifier le caractre authentique du chque. Aprs avoir obtenue ce certificat et l'avoir fait mentionner sur le chque, l'homme qui en tait por teur s'loigna. Or, nos recherches ultrieures, nous ont fait d couvrir que, moins d'une heure aprs cette formalit, une personne connue sous le nom de James Devereaux se prsenta chez Mr. Charles Anse!, en le p.riant de lui faciliter les moyens de toucher l'argent du chque certifi Les relations de Mr. Ansel avec ce Devereaux taint plutt mondaines que commerciales. Il hsita un peu devant l'importance de la somme, mais De vereaux lui r.rprs enta que la chose pressait, qu'il devait s'embarquer le matin mme pour l'Europe, qu'il tait, pour ainsi dire, un tr4nger New York; Mr Ansel finit par prendre le chque cause de son authenticit certifie et lui donna en change un autre de la mme importance sur sa propre banque. Mme il l'accompagna cette banque et" l'aida toucher l'argent. Plus tard, prouvant quelque inquitude, il se prsenta notre banque avec le chque certifi et, comme il tait connu, on lui compta l'argent. Il porta cet' argent sa banque et l'y mit en dpt pour ba lancer le chque qu'il avait tir sur elle. Devereaux a, d'ailleurs, compltement disparu. -Estce Devereaux qui s'est prsent la ban' que pour obtenir le certificat d'authenticit? demanda N!ck. C'est, bien entendu, ce que nous ne savons pas dit Mr. Barton. Le comptable est persuad que le signalement donn par Mr. Anflel de ce Devereaux, ne corr e spond pas celui de l'homme venu pour l e certificat. Quel est le signalement de oe Devereaux? C'est un homme de taille ordinaire, peut-tre au-dessous de la moyenne, d'environ quarante ans, cheveux et moustache noirs, yeux noirs, de mise l gante. -Et quel est le signalement de l'homme qui est venu pour le certificat? C'est un petit vieux, aux vtements sordides, non par pauvret, mais par nglig ence; la nuance est facile saisir. Nick tressaillit en entendant cette description. Son esprit se reporta aussitt sa conversation avec 1e Chef de la Sret, et au petit vieux qui figurait dans son rcit d'extorsion de fonds par des voleurs d'enfa.n. Les personnes prsentes ne purent rien ajouter ces deux signalemen. Nick demanda et obtint les adresses de Mr. Anse! et du cor.iptable de la banque ; puis il demanda : Avez-vous quelque autre dtail ajouter l'histoire que vous m'avez raconte? Non, dit Mr. Barton, sinon qile nous avons des raisons de croire qu'une supercherie semblable a t pratique dans deux autres banques de la ville, mais pour des sommes moins considrables. Nick prit les noms de ces banques et des adminis trateurs, et alors il dit: -Je vais faire une enqute, mais comme pre mier pas, je dsire prendre ce chque et le sou, mettre un examen microscopique. _.,.

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Un Voisin mystrieux. 9 l\'Ir. Barton remit le chque au dtective qui s'loigna d'un pas rapide. Il avait appris qu'il pouvait trn.ver, le soir, Mr. Ansel un club dont il tait membre, non loin de l. Il. y alla dono. Mr. Ansel tait tO'Ut dispos parler, mais cela ne rendit pas plus importants les renseignements qu'il avait fournir. De Mr. Devereaux, tout ce qu'il put dire, c'est que, en sa qualit d'tranger de passage New York, il avait obtenu ses entres son club, et le supposait dment prsent, avec des rpondants hono rables. Il avait produit une bonne impression au club; on disait que c'tait un capitaliste engag dans de grosses entreprises sur la cte du Pacifique, qu'il s'tait arrt New York en allant en Angleterre dans l'in trt de ses entreprises. Mr. Ansel l'avait acoept pour ce qu'on l'estimait au club. Il n'avait eu aucune raison de douter qu'il ne ft ce que l'on croyait, jusqu'au moment de cette affaire de chque. Comme consquence de cette affaire, on s tait enquis des moyens par lesquels Devereaux avait obtenu ses entres au club. Quelques doutes s' levrent sur la rgularit de ces moyens, et l'on tait justement en train d'examiner. Lorsque Mr. Ansel eut donn Nick un signale ment soigneusement d taill de Devereaux, le dtective fut frapp du fait qu'il comportait une grande res semblance avec un audacieux et dangereux criminel, galement bien connu la Nouvelle Orlans et Chicago, et nomm Alexandre Devereaux. Il se trouva que Nick savait que, quelque six mois auparavant, Devereaux avait disparu des en droits qu'il frquentait dans les villes de l'Ouest et du Sud; mais on supposait qu'il tait parti pour la Chine. Le crime confi ses investigations tait de l'es pce ile ceux qui convenaient Devereaux, pensa-t-il; car ce n'tait pas seulement un aventurier audacieux, mais un trs ingnieux escroc. En quittant Mr. Ansel, Nick se hta de se rendre chez le comptable de la banque, sans autre but que d'avoir une description de l'homme qui avait fait rtifier le chque. Cette description lui fut donne sans aucune hsi tation. Le comptable avait t amen faire un exa men minutieux de l'homme cause de l'importance du chque, et aussi cause de l'aspect bizarre du por. Suivant le comptable, bien premier coup d'il l'homme semblt petit, vieux et rp, un examen plus attentif rvlait qu'il tait de taille ordinaire, qu'il paraissait vieux parce qu'il ne soignait pas sa personne, et mal vtu parce qu'il n'tait pas propre dans sa tenue, car ses habits taient, aprs tout, d'toffe coteuse et de bonne coupe. Cela ressemblait de si prs au signalement donn par le chef de la Sret du petit vieux de la bande N. C. 7 des voleurs d'enfants, que Nick se sentit oette fois presque oblig de croire que les deux individus ne faisaient qu'une seule et mme personne. Il rpugnait cependant admettre que les mmes personnes figurassent dans deux cas si diffrents l'un l'autre; mais quand il eut fait visite aux prsidents des deux banques qui, ainsi que le lui avait dit Mr. Barton, avaient t victimes d'escroqueries semblables, il pencha croire que c'taient, du moins, les mmes personnes qui se trouvaient impliques dans ce scan dale des banques, si elles ne l'taient pas dans l'affaire d'extorsion et de rapt. Bien que la soire ft avance, Nick s'empressa d'aller trouver le plombier qui aval.t reu le chque de cent quinze dollars major depuis. Le plombier ne lui fournit pas de renseignement ilmportant sur le petit vieux qu'il n'avait jamais vu av1mt le soir o il lui avait chang de chque et qu'il n'avait pas revu depuis. Son petit voyage pour trouver le plombier avait amen Nick jusqu' Columbus Avenue, dans le voisinage die la soixante-sixime rue; et il remarqua que le plOIIIlbier demeurait dans le quartier o le tribut sur les pres de famille avait t lev pour la premire fois. Le plombier un peu alarm de oe qui tait arriv son chque depuis qu'il avait quitt ses mains, proposa Nick de venir avec lui au dbit de liqueurs o il s'tait adress pour le changer et o il avait rencontr le petit vieux. Nick accepta avec plaisir et les deux hommes se dirig rent vers le saloon. Le patron souvint parfaitement de l'incident du chque et du petit vieillard qui avait propos de le pre ndr e contre espces sonnantes. Sur la demande de Nick, il donna de cet indi vidu une description qui concidait avec celle que le fameux dtective tenait dj d'autres personnes ; mais l ne se bornrent point ses rens e ignements. Il put dire le nom sous lequel tait connu le petit vieux: Andrew Tygert. Il ajouta que c'tait un client trs irrgulier de sa maison. Il tait d'ailleurs persuad qu'il demeurait dans le voisinage, et s'ils taient venus au saloon une heure plus tt, ils l'auraient rencontr, car il y avait pass quelque temps. Nick n'en put appr.endre davantage. Convaincu qu'il avait suivi la piste aussi loin qu'il le pouvait en ce moment, Nick alla trouver un de ses amis qui s'occupait d'tudes microscopiques, et le chque fut soumis un examen minutieux. Sous le verre grossissant la mthode employe pour falsifier le ch que apparaissait avec vidence. L'criture indiquant le total avait t enleve l'aide de produits chimiques et la surface rtablie au moyen d'un brunissoir; la partie perfore avait t dcoupe et un morceau semblable insr sa place par un procd inconnu de Nick, le raccord tant dissimul au moyen du brunissoir.

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10 Un Voisin myst rieux Si le produit chimique employ pour faire dispa ratre l'encre et le proc d pour ins rer un morceau de papier avec une habilet capable de dfier un il exerc, ta ient ignores d e Nick, il n'avait plus, du moius, aucun doute sur la mani re dont avait t pra tique la falsification. Une en trevue avec un chimiste expert l'amena croire qu'on s'tait servi d 'un produit encore inconnu dans le commerce. La nuit s'.ayan ait; Nick, aprs avoir essay vai nement de se m e ttre en communication av ec Chick, r so lut de s'en t e nir l pour cette nuit. En se dirigeant vers sa demeure, il se disait en lui mme: -Mes deux affaires se fond e nt rapid ement en une seule. Le Petit Vieux. Aprs avoir pris cong de Nick Chick s'tait vivement rendu la prison des Tombes et avait t autoris voir l'homme connu sous le nom de Budd Weston Il avait peu d'espoir d'en tirer qu e lqu e cho s e aprs ce que le Chef avait dit de son attitude et de son refus de parler. Pendant qu'il tait encore dans le bureau du gar dien de la prison des Tombes, Chick avait d e mand si quelqu'un connaissait ce Budd Weston avant son in ca rcration ; mais il tait compltement in c onnu et tous tombaient d'accord qu' l eur connaissance cet homme n'avait jamais t entre les mains de la justice auparavant. Cependant, en entrant dans la cellule, Chick re connut aussitt le typ e du coquin endurci. Presque aussi rapid e m e nt il constata qu'il connaissait.l'homme, mais pas sous le nom de Budd Westo n. Eh! Andy dit-il, que faite s-v ous ici? Pourquoi vous a t-on arrt? Le coqui n s'avana jusqu' la porte grille, il y plo ngea d e s regards hsitants et dit enfin: C'est Chick. Oui, c'est Chick, dit le d tective. Que faitesvous i ci, Andy Grogan? S ilence 1 dit le gredin; on ne me connat pas sous ce nom ici. Mais pourquoi y tes-vous? demanda Chick. Dites d o nc, d emanda l e gredin avec inquitude Nick Carter s'occupe-t-il de cette affaire? -De cette affair e ? d ema nda Chick ; que voulez vous dire? Dites-moi, on m'a pino pour m'tre ml une affaire d e vols d'enfants et j e voudrais savoir s i Nick Carter est sur cette piste. Je ne crois pas dit Chick sans rougir. Alors, s'il n'y est pas, vous n'y tes pas non plus. N on, dit Chick, s'il n'y est pas, je n'y suis pas. -Eh bien, ils n e m e pendront pas encore cette fois, dit le gredin; ils me retiennent ici comme sus pect et ils ne me traitent pas comme ils devraient. En quoi donc, Andy? demanda Chick. -Eh bien, voyez vous, on ne m'appelle pas de-vant le tribunal; si je coin paraissais pour rpondre une accusation, on serait forc de me relcher faute de preuves. Ils le savent bien et ils me retiennent ic i pour me faire bavarder. Ce n'est pas bien, dit Chick. Naturellement que ce n'est pas bien, dit le gre din Mais ils ne pourront pas me faire parler, quand ils me retiendraient jusqu' ce que les poules aient des dents. Ce n'est pas le moyen de me faire parler. Mais avez-vous seulement quelque chose dire? demanda Chick. Je n'ai pas grand'chose dire, a c'est vrai dit le chenapan. Je ne sais rien. Dites donc, j'tais en train de flner au coin de la Soixante-treizime rue et de Columbus Avenue, un aprs-midi, quand un indi vidu arrive en courant avec un gosse dans les bras et il m e le oolle entre les pattes e n disant: Passe-le Mugsy Or, je ne connaissais pas du tout Mugsy, et avant de savoir que j'avais le gosse entre les bras, un mouchard fond sur moi, m'emmne ave l'enfant et me voil ici Sachant que le plan de Nick Carter tait de faire relcher ce coquin, pour qu'on pt le suivre et con natre ainsi ses accointances, Chick pensa qu'il fal lait profiter d e cela pour gagner sa confiance. Dit e s-moi, me racontez-vous la franche vrit quand vous dites que le gosse vous a t fourr dans les bras? C'est la vrit pure. Le gosse m'a t fourr dans les bras, et je ne m'y attendais pas du tout. Eh bien, si vous me dites la fran ch e vrit, je vous aiderai sortir d'ici Dites! s'cria le vaurien avec empressem e nt, si vous voulez faire a, je vous dirai la vrit tout droit fond. Allez-y donc dit Chick; mais pas de conte de f e Quand je vous dis, reprit l'homme avec chaleur, que la minute avant qu'on me fourre le gosse dans les bras, je ne me doutais de ri e n je ne vo us dis pas d e blagues. Et quand le type qui me l'avait fourr dans les bras me dit: Passe le Mugsy je ne sa vais pas ce qu'il voulait dire et je un nigaud avec le gosse dans mes bras qui braillait comme un corch. Eh bien 1 dites Chick, tout a c'est la vrit vraie. Mais je vais vous raconter tout. Il y a un type pour qui je travaille, qui est venu me tr_ouver ce jour -l et il m'a. dit comme a: Andy, vous irez la Soixante-troisime rue e t Columbus Avenue, et vous montrerez souvent votre nez au coin de ces voi es Il s'y passera quelque chose qui vous fera gagner un billet de cinq dollars.

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Un Voisin mystri e ux. 11 Qu'est-ce que c'est? que je dis. Rien qu' faire ce qu'on vous dira, qu'il dit, et voil tout. Eh bien, je me suis trott jusque l; j'y flnais depuis une heure et davantage, quand la chose arriva. J'ai eu mon billet de cinq dollars et un peu plus, mais me voil au bloc et ce n'tait pas dans le march. C'est pour cela qu'il m'avait fait venir l-bas, je suppose, mais ils ne m'ont pas mis au courant, de la besogne d'avance; et s'ils l'avaient fait, je n'aurais jamais voulu mettre le doigt dans une affaire de vols d'enfants. C'est la vrit vraie. Chick fut frapp du ton de sincrit du rcit, tout en mettant part, bien entendu, la vertueuse dclaration du chenapan qu'il n'aurait jamais voulu participer l'affaire s'il en avait connu d'avance la nature. Mais ce que Chick crut surtout, c'est que l'histoire d'Andy s'adaptait trs bien avec celle. que le Chef de la Sret leur avait raconte, Nick Carter et lui. Il estima que, par un excs de prcaution pour empcher de suivre leurs traces, les conspirateurs avai ent dpass le but en laissant ignorer l'homme le rle qu'il devait jouer; car, s'il avait t mieux renseign, il aurait fait passer l'enfant vol la personne la plus voisine et se serait chapp lui-mme. Bien, Andy 1 dit-il; aviez-vous dj vu l'homme qui vous a apport l'enfant? -Je ne l'avais eu devant mes mirettes, rponditil; m a is, comme je vous donne tout franchement, il m'a fait le signal rgulier en m'abordant. Pourquoi avez-vous reu l'enfant? Je n'ai pas eu le temps de autre chose. Il arrive comme un dard, le signal, me fourre le moutard dans les bras, et le voil parti avant que je sache o j'tais. Pourquoi ne l'avez-vou s pas repass Mugsy, comme il vous disait de le faire? a s'est fait si brusquement que je ne savais pas o j'en tais. Cependant j'ai bien entendu chanter le signal derrire moi. Je r e gardais de tous les cts pour voir d'o a venait, quand la mouche m'est tombe dessus; j'tais pinc. -Eh bien 1 dit Chick, votre histoire me parat vraie, et je veux la croire. Je vous forai sortir d'ici demain dans l'aprs-midi. Vraiment, dit le vaurien au comble de la joie. Eh bien! vrai 1 vous vous faites un ami. Je vais faire mon possible et je crois que nous russirons, rpondit Chick en s'loignant. Chick se proposait, s'il entrait une parcelle de gratitude dans la composition de ce grossier voyou, de suivre, en partant d'Andy Grogan, le fil qui remontait aux chefs de cette exploitation criminelle si habilement dirige. Il connaissait les endroits hants par Grogan et il rsolut de s'arranger de manire l'y rencontrer, ds qu'il serait remis en libert le jour suivant. Il se mit alors en route pour chercher Patsy et lui dire le rle qu'il devait jouer dans tte affaire. d'aprs le plan de Nick. En quittant les Tombes Chick se dirigea vers le Bowery et c'est pendant qu'il montait cette large voie qu'il aperut Patsy en train de filer quelqu'un. Ne voulant pas gner Patsy dans sa besogne du moment, Chick se mit tranquillement filer le fileur. Il ne fut pas longtemps dcouvrir que l'homme suivi par Patsy tait un petit vieillard, qui s'avanait d'un pas tranant, ne semblant pas s'inquiter le moins du monde d'tre fil ou non. Chick ne crut pas un seul instant que l'homme dcrit par le Chef et l'homme fil par Patsy fussent la mme perso nne. C'et t une chance trop extraordinaire, que Patsy ft tomb par hasard sur cet individu, sans savoir mme qu'on avait tant besoin de lui. Le petit vieillard monta le Bowery jusqu' la Qua trime rue ; l il tourna brusquement droite, et aprs avoir pass devant quelques maisons, entra dans une V'lllgaire brasserie. Patsy s'arrta sur le trottoir et Chick l'ab-0rda. Quelle affaire vous amne par ici? Je n'en sais rien. J'ai vu ce vi eux birbe ein train de parler Mugsy Graw au coin l-bas, et je le filais simplement pour savoir qui il est et qu'il fait. Chick ne put s'empcher de sourire en constatant combien l'instinct du policier tait dvelopp chez Patsy. Il lui demanda: Qui est ce Mugsy Graw? Oh 1 dit Patsy, c'est un des garons de par ici, des quartiers de l'Est, avec qui j'ai t lev. Je crois qu'il a mal tourn. Du moins je sais qu'il frquente des filous. Mais qu'a fait ce vieux, pour vous engager le suivre? -Eh bien, Chick, dit Patsy en souriant, f aurais bien de la peine vous le dire. Il m'a semb l qu'il a appel Mugsy pour lui dire quelque chose. Quand vous devriez me clouer au mur, je ne pourrais pas vous dire au juste pourquoi je me suis mis aux trous ses de ce vieux birbe. J'imagine que je voulais sim plement faire sa connaissance. Chick se mit rire et pensa qu'il avait dcouvert une des raisons pour lesquelles Patsy avait de si nombreuses et de si oortaines connaissans parn1i les escrocs de la ville. -Eh bien, Patsy, dit-il, rapprochons-nous de votre homme, et quand vous l'aurez bien regard e t exa min, vous viendrez avec moi, car j'ai vous parler de quelque chose. Ils entrrent dans la brasserie et virent le vieil lard assis dans un coin retir de la salle, avec un verre de bire devant lui sur la table, et paraissant profond ment ahsorb dans la lecture de son

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12 Un V oisin mystrieux. Chick et Patsy s'assirent une table dans une autre partie de la salle d'o ils pouvaient observer le vieillard, sns en avoir l'air. Au bout d'un instant, Chick dit Patsy: Jeune h-0mme, votre vieillard n'est pas aussi vieux qu'il le parat. Quoi! s'cria Patsy. Grim? Je parierais mille dollars Patsy, que le vieux est grim. C'est un des meilleurs travestiss e ments que j'aie jamais vus. Et il joue son rle tout le temps. Patsy tudia encore quelque temps l'objet qui les intressait et dit: Je veux bien tre pendu, Chick, si je vois en quoi consiste le travestissement. Je ne le vois pas moi-mme, rpondit Chick; mais ce que je vois pour sr, c'est que ses mains et ses pieds ne sont pas aussi vie ux que sa figure et ses paules Oh 1 n'est-ce pas subtil, Chick? Peut-tre, jeu.ne homme; si un individu ne travaille pas beaucoup de ses mains, elles ne vieillis s ent pas aussi vite que sa figure e t il y a toujours pour les mains des signes qui indiquent l'g e de la personne; la main qui soulve ce verre de bire n'accus e pas plus de quarante ans, tandis que l visage dans la bouche duquel elle le verse a bien au moins soixante dix ans. Patsy fut frpp de cette remarque de Chick et tudia les mains de l'homme qu'ils observaient. Leur examen fut interrompu par l'arrive d'un voyou, qui entra dans la brasserie comme s'il y avait quelque chose de prcis faire; sans re garder autour de lui il alla tout droit la table du vieux dans le coin de la salle. Patsy sauta de sa chai s e pour se prcipiter vers une "table couverte de journaux, sur l esque ls il se pencha d e manire tourner le dos l'homme qui venait d'entrer. Chi c k comprit que Patsy ne tenait pas tre aperu du nouveau venu, et, qu'il le connaissait. Il en conclut tout de suite que le jeune v oyou tait le Mugsy Graw dont il lui avait parl un moment auparavant. Cependant le jeune voyou aprs avoir dit un mot ou deux au petit vieux et avoir r e u de lui une com munication, un ordre sans doute, sortit prcipitamment de la brasserie. Patsy regagna sa place auprs de Chick. Qui tait-ce, Patsy? demanda Chick. Mugsy Graw, dit Patsy; l'individu dont je vous ai parl. Je n'avais pas besoin qu'il me vt ici. Je ne crois pas qu'il sache que je suis avec le Chef, et j e ne tiens pas ce qu'il le sache. Avant que Chick put r pondre, un autre sp c imen de voyou entra et se dirig e a vers le fond d e la salle. Il se tint debout devant le petit vieux, attendant qu'il lui adresst la parole. Le vi e illard l eva les y eux de dessus son journal pour les fixer p e nd ant un i ns tant sur l'homme, au quel il fit enfin sign e de s'asseoir prs de lui. Ils engag rent une c-0nve rsation mystrieus e dan s laquelle le p e tit vieux s e m b lai t p oser d e s que s ti o ns et recevoir d e s rponses. Il fait au j eune gars un cours de cambriolage dit Patsy C o nnais se z vous l'individu? Oui c est un cambriol e ur. Quelle spdali t ? Il fait le s ec ond tage ; mais il travaille aussi bien au sou s-s ol. Sav e z vous son nom? J e s ai s seulement qu'on l'app e ll e Jake Jake le Craqueur. Quelques instants aprs le voyou se l e va, re ut vid emment en c ore quelq ue s r ec ommand a tions suppl men tai re s et sortit de la bras se rie. Le petit vi eux re v jnt s o n journal. Il est tabli ici toute la soire, dit Chick. -Ce n' est pas bi e n la pein e de nous coller lu i plus longte m p s, dit Patsy. Il e s t ici comme c h e z lui. a se voit. D e toute fa on, nous n'vons pas besoin de nous incruster se s talons Chi c k se leva et paya la d p e nse, et ils sortir e n t tous deux sur le trottoir A p e ine y taient-ils qu'ils aperurent de l'autre ct de la rue Mugsy Graw et l'autre voyou qui venait de quitter le vieux dans la brasserie. L e s deux jeunes dtectives se reculrent dans l'ombre d'une porte et gu e ttrent ce:;; deux individus d e l'autre ct de la chauss e; mais leur faction ne fut pas longue, car celui qu'on nommait Jake se re tourna et marcha vi v em ent dans la direction de Bo wery laissant Mugs y Graw appuy contre un auve n t de boutique. Dit es -moi, Chick, dit Patsy, laissez-moi alle r causer avec Mugsy un mom e nt. V-0us, montez le Bo wery et a t t e ndez m o i. Patsy des c endit dans la dir e ction de la Se conde Avenue, assez loin pour pouvoir traverser la cha usse s a ns tre r emarqu de celui qu'il dsirait re joindre. Chick alla d'un pas de flneur vers le coin du Bo. Arriv auprs du jeune voyou qui servait d e po teau l'auvent Patsy lui dit en guise de salut: Eh 1 l, Mugsy Le jeune homme se retourna vivem e nt et re garda pendant quelques instants celui qui l'int e rpellait comme s'il ne le reconnaissait pas Enfin il dit: Pas sez donc! Vous ne me connai s sez pas. -Eh bien vrai! vous d e v e z tre fatigu ... Ne vous fait e s pas de m auvais sang fit Pats y e n pre nant l'ac cent des faubourgs d e l E st. Vou s me c on naissBz ass e z Q u 'e stc e qui v ou s prend? E t es-vous

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., J Un Voisin mystrieux. 13 si intime avec les Vanderbilt et les richards de cette espce que vous ne reconnaissez plus les vieux amis ? Le voyou allait rpliquer de la bonne faon, quand il s'arrta en s'criant: Le Diable m'emporte si ce n'est pas Patsy Murphyl... Lui-mme, je pensais bien que vous me re connatriez quand vous seriez veill. Dame 1 il y a si longtemps que je ne vous ai vu que j'avais oubli votre existence. Qu'est-ce que vous faites? Oh 1 je travaille de l'autre ct, West side, dit Patsy. Je suis venu me ballad e r dans les environs de mon ancien quartier, et le premi e r des gas que je vois, c'est vous. Et vous, qu'est ce que vous faites, Mugsy? -Ce que je peux de mieux, et ce n'est pas bon. Alors vous ne travaillez pas? Non, je bricole de temps en temps, mais ce n'est pas du vrai travail. Que voulez-vous? Il faut bien que ... Mugsy s'arrta brusquement, il se mit regarder de l'autre ct de la rue, semblant prendre un grand intrt ce qu'il y voyait. Patsy suivit la direction de ses regards, et vit que .ce qui attirait l'attention d e Mugsy c'tait le pe.. tit vieux de la brasserie; il remontait lentement la rue vers le Bowery. Quand le vieillard se fut un peu loign, Patsy demanda: Qu'est-ce que c'est que ce vieux zig? Je vous le dirais si je le savais moi-mme, rpondit Mugsy. Aprs un moment d'hsitation, il poursuivit: a ne veut pas dire que je ne le connais pas. Je lui parle; mais qui il est et ce qu'il fait, je n'en sais rien. Je cherche deviner; mais ce n'est pas co.mmode de trouver le secret de la s errure d e ce c offre-l. Patsy se mit rire et dit: Il prend tout, et ne rend rien? Juste 1 Je crois que c'est un planteur Un planteur? Cette locution tait nouvelle pour Patsy qui se pi quait cependant de connatre l'argot du jour. Oui, un planteur. Il prp a re le travail pour les cambrioleurs, leur dit comment s'y prendre, ramasse sa part et pique une tte dans le noir. Il nourrit le poupart, quoi 1 Il fait bon d'tre avec un homme comme a. Vous n'tes pas de la partie, hein? Non, dit Patsy, ce n'est pas mon genre; mais pour les gas qui en sont, il est bon de l'avoir flans sa manche. Eh bien 1 je ne suis pas avec lrii de oette ma nire, dit Mu.gsy. Je ne lui dois rien, m me s'il me donne un peu de galette une fois par hasard. Mais alors pourquoi vous en donne-t-il, de la galette? Il m'a donn un fafiot de cinq dollars ce soir pour lui amener Jake le Craqueur. Je me suis cogn contre lui par hasard au coin de Grand Street, et il m'a dit: Il y a billet de cinq pour vous si vous a.n'amenez Jake dans une demi-heure. Alors je me suis trott jusqu' ce que j'aie trouv le filou, et je le lui ai conduit. Conduit o, demanda Patsy. Ohi dans un saloon ici dans la rue, o le vieux birbe l'attendait. J'ai fln par ici pour voir Jake sortir; mais quand il est sorti, il tait chang en coffre-fort; pas moyen d'en rien tirer. Il m'a laiss aussi avanoo qu'auparavant, l o on n'y voit goutte. Mais je parie qu'il y a quelque chose en train pour cette nuit quelque part. Quelqu'un ayant abord Mugsy, le jeune dtective profita de l'occasion pour s'loigner, et il courut re joindre Chick qui l'attendait au coin de la rue voisine. Histoire d'un filou. Ce ne fut que le lendooiain matin que Chick et Patsy firent leur rapport Nick Carter. Quand Patsy eut fait le rcit de ce qui' lui avait dit Mugsy Graw Nick raconta son entrevu e ave" 11"'r. Barton, relative au chque surcharg et ce qui suivit ootte entrevu e Maintenant, dit-il je dsire appeler votre atten tion sur ce fait que, dans chacune de ces trois affai res, figure un petit vieillard. Le Chef de la Sret a dit que lui et un autre dtective avaient fil le petit vieux qui leur avait mystrieusement chapp en un clin d'il, le temps de traverser un vestibule. Le plombier qui a reu le chque de Wilmot, Dewey et Cie pour cerit quinze dollars en a louch le mon'tant en espces d'un petit vieux qui, plus tard, s'est rendu la Pearl National Bank pour le faire certifier,aprs l'avoir major de dix mille et quelques dollars. De son ct Patsy, souponnant un petit vieux, aux allu res louches, le file et apprend qu'il a pour spcialit de prparer des vols avec effraction et d'indiquer des coups faire. Supposons un instant que oos trois petits vieux ne soient qu'une seule et mme personne. Patsy, donnez-moi un signalement aussi exact que possible de votre petit vieux. Patsy le fit avec foroo dtails, et, en terminant, il dit: Mais Chick pense que l'homme tait maquill. Il dit que les mains de mon bonhomme ne sont pas aussi vieilles que son visage. Nick se tourna vers Chick, et le pria de s;expliquer. Quand Chick se fut expliqu il conclut: Cela ne veut pas dire que Patsy n'a pas donn un signalement exact de l'homme. Je ne pourrais pas y ajouter un mot.

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r. 14 Un V oisin myst ri eux. Nick se lva et se pr omena un instan t p a r la chambre, puis il dit : Le comptable de la Pearl Nati o nal Bank est un observateur tr s saga ce. Il m'a d onn un signale ment soign de la personne qui a prsent le chque de dix mille dolllrr s p our l e fair e certifi e r Je viens de revoir ce signal 1 e ment tel que je l'ai consign sur mes not e s et je trouve qu'il con corde presque exact e m ent av e c ce lui que donne Patsy. Bien que le Che f de la Sret n'ait pas app o rt autant de s oin sa des c ription, il m'a cepe h dant sem bl, pendant que le compt able faisait la si enne que l e s dex petits vieux ne d e vai e nt en fai re qu'un. Il resta un moment s il e n c i e u x e t r veur, puis demanda: -Ne vous semble t-il pas, m e s e n fants, que ces concidences sont suffisantes pour justifier notre per sistance croir e que ces trois v i e ill a rds s ont le m me? D'une voix les deux jeun e s d te ctive s r pondirent oui Alors, dit Nick, o c ela nous m ne t -il? -En prsence, dit Chick, d'une assez grosse entreprise de brigandages dont le pet i t vieux est le chef. Entrep r i s e qu i se divise en trois branches diff rentes, dit N ic k D 'ab ord les op rations d 'extordon; en s econd lie u la fal s i fic ation d e s chqu e s et troisi mement l e s v ols a vec e ffra c tion Une c hose me frappe, continua Nick c'est que les m th o des employ e s dans ces trois sortes de vol se re sse mblent b e aucoup. Et c'es t l une raison d e plu s pour supposer que le petit vieux qui fig ure dans c e s oprations, n'est qu'une seule et m m e per sonne. Alors, dit Chick, a u lie u d avoir d e u x a ffaires sur les bras comme tu le p ens a is hi er, nous n' a vons qu'un s e ul gibi e r chass e r C'est vrai, dit Nick Notre t c he se rduit c ras e r c e p e tit vieux. -Mais, dit e ncore une foi s P at sy, Chick pr tend que le p eti t vieux est d gui s. L e fameux dt e ct i v e s e tourna bru s quement vers son jeun e aide, l e s y eux pl e ins d' cla irs V o us nous m a int e n ez sur la b onne piste, dit-il car ce p e tit vieux s'est promptem en t c h a ng en Devereaux, pour encaisser l'arg e nt du c h que que, comme petit vi e ux, il avait fait cert ifier. Chick, te souviens tu de Devere aux? de la Nouvelle Orl ans et de Chicago? Oui, r pond i t Nick; si je n e me trompe p a s, tu m'as dit qu e tu avais vu une fois cet homme s a ns dguis e m e nt au n a tur e l. En e ffet r pondit Chi c k C'tait sur un ba teau v a p eur du Mississipi. Un vieu x joueur de pro fes s ion que j'avais tir d'un m a u vai s pas o sa vie tait en danger me dsigna du doigt l'individu et m e raconta quelque chose de son histoire. Qu'est-ce que c'tait? fit Nick. Il me dit que D e v e r ea ux: ta it de bonn e qu'il a va it re u une brill a nt e mais q ue, dans sa j e unesse, il se trouv a impliqu d a ns une affa ir e de faux qui fut la c aus e d e sa ruin e e t de ce lle de sa famille. Pendant plusi e urs a nn e s il vcut du j e u sur les bat e au x du Mississipi ; mais c ette e xisten ce fut inte rrompu e quand la guerre cla ta. Il me dit encore qu'il tomba ensuit e dan s une vi e de dsordres et devint malhonn te; qu' Chi cago il commit des abs de confiance et e x torqu a de l'argent par violence ou par menac es; que pendant tout es c e s annes o il tait c onnu comme un jou eur de profes sion il n'tait jamais mieux d guis que quand il se montrait sous son aspect naturel. -C'e st--dire? fit Nick C'estdire, e nt e nds bien, que Devereaux t ait un homm e trs habile s e dguiser ; il en avait fait une tud e sp ci ale et il n e sortait gu re que sous un d guis e m e nt. Il ne s'en tenait pas un seul; il en ava it plusi e urs mais on le voyait quelquefois de s s e main e s et d e s moi s sous le mme. On ne le con nai s s ait pas sous son aspect rel, tel qu'il tait a lors sur le bat eau. -M ais alors, comment ce vieux joueur l'a-t il reconnu ? d e manda Nic k C' t a i t po ur m oi l e point int r essant de l'histoi re qu'il me r a c onta it. Il m e dit que lorsque Dev e re a ? x jouait sur la riv ire, il avait fait de nombreuses parties ave c lui et qu'il avait n o n seul e ment appris sa m a n i r f de jouer, mais enc or e r e m arqu un c ertain tic d e sa main gauche. Il avait d'abord suppo s que cette mani e ven ait de l'ha bi t ud e d e battre les c arte s et de les mettre ren p a qu e ts ; mais, force de l'ob serve r il avait fini par s'assurer qu e c tait un tic dont l'homme n'a v a i t null e ment con sc i e nc e. Le geste tait compl tement tranger la m a nipulation d e s c artes Qua nd on ne jou a plus sur la rivi r e l e jeu d'enfer du b o n vieux t e mps, mon vi eux jou eur s e rendit Chicago i0 il fit p a rtie d'un c e rcl e d o nt un rle s membr es tait c e Dev e r eaux, qui p arai ssait a lors g d'une quaran tai n e d'anne s e t qui n'avait p as du to u t l'ai n d e la m m e personne, ave c ses chev e u x noirs et sa moustache noire. Mai s il le re c onnut au tic d e sa main gau c he Plus t ard en c ore, il s'tait trouv en prse n c e d u m me indi v idu dguis diffremment, San F r a ncisco ; et il l'av ait chaque fois re connu au tic de sa main gau c he. Ce fut l qu e mon a mi le joueur apprit que Rose Deve r eaux ou M e lrose noms sous l e squ e ls on le c o n nais sait San Franci s co, s'adonnait l'escroqu e ri e et l'abus de confiance. Sais-tu quel es t ce tic de la main gauche? P as aussi bien qu e je le voudr a is J'aurais d insi ste r l-d e ssus, davantage; cependant d'apr s ce qu e m'en a dit mon ami l e joueur j e pense qu'il avait la ma.nie de mler son j e u avec sa m ain ga uche en att e nd a nt son tour de jeter une carte. I

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Un Voisin mystrieux. 15 -------------------------------------------------------Quel tait l'aspect de l'homme quand tu l'as vu? demanda Nick. C'tait un homme d'environ cinq pieds sept ou huit pouces, les cheveux d'un gris d'ardoise, ainsi que la moustache, le visage maigre; quant au teint, je ne saurais mieux le dcrire qu'en disant qu'il tait d'une couleur de tan clair, tel qu'on le voit toujours chez ceux qui ont eu la fivre jaune. Ce qu'il y avait de curieux et de remarquable dans ce visage, c'est qu'avec ce teint-l ses yeux taient trs noirs. Sa mise tait trs soigne, d'aprs la mode qui rgnait dans le Sud cette poque-l. Mon vieii' ami me dit alors que je pourrais le ren contrer cent fois sans le revoir, tel qu'il tait ce jour-l. C'est un malin, dit Nick. Son meilleur dguise ment est sa propre personne. Le crime .n'est pas pour lui un moyen accidentel de remplir ses poches vides; c'est l'unique affaire de sa vie. Si comme je le crois c'est l'homme que nous recherchons, c'est un gibier qu'il sera difficile de forcer. -Eh bien 1 dit Patsy, voil la chose; il faut courir assez vite pour l'attraper, sous son dguisement de vieillard, pendant que nous en avons le temps. Qu'entendez-vous par l? demanda Nick. -Je ne peux pas m'ter de la caboche, de ma boite entendement, comme dit Chick, l'ide qu'il ne sait pas encore que nous sommes sur ses traces. Tarit qu'il ne le saura pas, nous aurons une chance de le suivre sous son dguisement de vieillard, de savoir o il va et o il couche. C'est une ide que vous avez l, dit Nick, et nous agirons en consquence. Vous avez un point de dpart, Patsy, dans votre ami Mugsy, et vous serez mme de prendre la piste du vieux en ne vous loignant pas de Graw, }a prochaine fois qu'on le demandera. Quant toi Chick, tu as ton point de dpart dans Andy Grogan. Tous les deux, s'ils ne sont pas de la bande du petit vieux, sont videmment employs par lui. Non s n'avons pas une tche facile devant nous. Mais Patsy, ne tardez pas vous mettre en con tact avec Mugsy; votre place, j'irais immdiate ment sa recherche. Patsy partit sans plus tarder. Aprs son dpart, Nick s e tourna vers Chick. Chick, dit-il, je vais voir le Chef de la Sret pour qu'il me fournisse un signalement plus dtaill du 'Vieillard auquel ll a donn la chasse; et je lui demanderai d'arranger les choses de telle sorte qu'il semble que ce soit toi seul qu'Andy Grogan, ou Budd W eston, est redevable de sa mise en libert. Si tu sors des Tombes avec Andy el qu'il lui pa raisse certain que c'est toi seul qui l'a tir de l, il est possible que, dans la premire demi-heure de libert', il te parle avec effusion. Plus il y aura de temps qu'il sera libre et moins il sera enclin bavarder. Les meilleurs renseignements que tu obtiendras de lui, c'est dans la premire demi-heure aprs son largisse ment que tu les auras. -J'ai eu moi-mme cette ide, dit Chick; mais Andy Grogan est un gaillard qui prend is choses du bon ct et ne se d courage pas facilement. Il n'en veut pas du tout aux hommes qui sont la cause de son arrestation et de son incarcration. D'une faon que j'ignore, ils ont communiqu avec lui et lui ont fait savoir qu'ils le soutiendraient envers et contre tous; et je puis te dire, Chef, que je crains un peu que mon intervention pour le dlivrer n'veille les soupons de ceux qui veillent sur lui, quels qu'ils soient. J'ai pens tout cela, dit Nick, et que l'un des dangers qui peuvent en sortir, c'est que cette inter vention ne donne ces gens, au petit vieux l'ide que nous nous occupons de lui. Oui, dit Chick, c'est quoi j'ai song, et il me faudra manier Grogan avec soin pour le drouter, inventer quelque service lui demander, pour donner une raison mon intervention. Trs bien 1 dit Nick. Alors tu feras aussi bien de venir avec moi au bureau du Chef, car tu ne peux rien faire d'utile avant quatre heures cet aprs midi. Nick se prpara pour sortir, et les deux hommes quittrent l'appartement et s'engagrent dans l'escalier. Ils n'en avaient pas encore atteint les dernires marches quand la porte de la maison s'ouvrit et l'homme qui s'tait prsent Nick la veille, au jeu de balles, sous le nom de Mr. Avery entra dans le vestibule. Il aperut Nick aussitt, lui fit un chaleureux ac cueil, et lui dit : Clest la premire fois que nous nous rencon trons en voisins, Mr. Carter; ne voulez-vous pas monter mon appartement? Il faudra m'excuser pour cette fois, Mr. Avery, dit Nick, je sors pour une affaire qui ne peut tre remise. Trs bien; ce sera pour une autre fois, alors, dit Mr. Avery ; mais j'espre que nous ne tarderons pas commencer notre partie d'checs. Je me fais d'avnce un grand plaisir de jouer avec vous, parce que j'ai cru voir que vous aviez la tte d'un joueur d'checs. Si j'en ai la tte, dit Nick en riant, je n'en ai pas l'habitude. Il y a un peu d'ironie dans votre remarque, dit Mr. Avery en riant aussi. J'avoue que j'ai cette habitude-l, et quand elle s'est empare d'un homme, elle est aussi imprieuse que l'habitude de la mor phine ou des alcools. Aprs cet change de propos, les deux hommes se sparrent. Lorsqu e Nick et Chick furent dans la rue, Chick qui les avait entendus, dit son chef et cousin: Qu'est-ce que tu sais de cet homme, Chef?

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16 Un Voisin mystrieux Peu de chose ou rien du tout, rpondit Nick J'ai rencontr hier soir le g rant de la maison et je lui ai demand s'il le conn a i ss ait Il m'a rpondu que Mr. Avery tait venu lui avec les meilleures rfrences qu'il tait certin qu e c'tait un homm e d'une fortune indpendante et d'habitudes excentriques, qui passait la plupart de ses matines chez lui, ses aprs-midi la biblioth que Astor et ses soires dans un cercle de joueurs d' ch ecs Mais que fait-il? demanda Chick. Il vit de ses rentes dit Nick Du moins c'est ce que m'a dit le gr a nt. Je suppose que tout cela est corr e ct dit Chick ; mais je n'aime pas l'expr es sion de ses yeux. Nick se mit rire et dit: Comment cela, Chick? Je ne saurais le dire au juste, rpondit Chick. Mais quand il vous parle, on dirait qu'il y a quelque cho s e qu'il garde. J'avais dj remarqu la mme chose hier. Tu deviens trop souponneux, dit Nick en riant; mais j'avoue que j'ai vu quelque chose de ce genre dan s ses faons avec moi. Bref, les mani res de cet homme ne m'inspirent aucune confiance. Mais je crois bien que nous nous trompons du tout au tout ; et il semble bien que ce ne soit en somme, qu'un vieux bonhomme inoffensif, toqu du jeu d'checs. Patsy aux abois. En quittant Nick et C hi c k Patsy avait pris la direction du Bowery pour t cher de trouver son ami Mugsy Graw. Il tait environ dix heures du matin quand il atteignit cette voie large et fameuse, et qu'il commena rellment ch e rch e r le j eune voyou d e !'East side c'estdire du quartier de l E st, le plus populeux et le moins distingu de New York Ses efforts ne furent pas immdiatement rcom pens s; deux heures se passrent durant lesquelles, il avait non seulement visi t tous les bars et cabarets de cette rue mais explor les rue s transversales et l e s lieux o il pensait que devait frquenter le jeun e gredin. Il tait environ midi quand il tourna dans Ri ving ton Street. Il suivit cette rue jusqu' un endroit situ d e l' a utre c t de la S e cond e Avenue, et o il pens ai t qu'il ava i t d es c hances de le rencontrer. En e ntrant, il aper ut Mugsy Graw assis une t abl e au fon d du s aloon en compagnie de deux fill e s. S' ap pr o ch ant da ns le champ d e vision de Mugsy, il fut b i ent t reconnu et accuei lli par un cri d e bi en mais aussit t P a tsy s'ape rut que Mugsy tait tr s i v re. Cet tat d'ivresse serait il favorable ou contraire s e s desse in s, P ats y s e l e d e m a nd ait ave c inqui tud e A tout hasard il acc e pta l'in v itation du vaurien d e se joindre au trio. Les c omp a gn es de Mugsy ne semblaient pas tr e dans une condition beaucoup meilleure que lui. Il parat qu'il y avait eu un bal dans !'East Side la nuit prcdente, que ce bal avait dur jusqu'au lever du soleil, et que Mugsy dj fortement mch ava it propos ses chiffes jumelles de les emmener djeuner. Du restaurant au cabaret o l'on prendrait quelqu e chose de tonique pour commencer la journe, le pa s avait t facile franchir. Et comme tous les toniques, la liqueur les avait pousss plus avant sur le chemin de l'ivresse. L'arrive de Patsy fut salue par les chif fes jumelles comme une nouvelle source d argent, point pour remplacer la bourse tarie d e Mugsy. Patsy, ayant compris la situation, rgla les comp tes; il y avait du bon suiv a nt l'expression d'u n e des filles. Sa gnrosit l e haussa d a n s l estime de son am i Mu.gsy, qui dclara que sa bourse tait devenue aussi plate que si un lphant avait march dessus. Mais une fois assis, Patsy commena craindr e de ne pas pouvoir faire grand'chose de Mugsy dans l'tat o il tait. Les deux filles avaient une peur bl e ue d'tr e m i s es la porte de leur atelier pour ne pas s'tre prsente s au travail le matin, et d'tre attrapes par leur s parents pour n'tre pas rentres de la nuit; quant Mugsy, il ne pouvait, ou du moins ne voulait, parle r de rien autre que du voyou qu'il avait ross au b a i parce qu'il essayait de lui soulever une de s e s chiffes Une seconde allusion que fit Mugsy son manqu e d'arg e nt fournit Patsy l'occasion d'amener la conversation sur le petit vieux. -J e ne suis pas le vieux Smith, dit Patsy Bien que je puisse mettre un peu de braise dans cette petit e bombe, Mugsy, j e n'en ai pas assez pour vous sou doyer. Vous ferez mieux de taper le vieux Smi t h Mugsy couta cette proposition avec la gravit d'un ivro g ne ; il remarqua que ce n'tait pas une m a uv a ise ide et que c'tait peu prs l'heure laquelle le vieux faisait son apparition. Cela devint une ide fixe dans son esprit ; il e n parla beaucoup, voulut savoir l'heure qu'il tait e t fit plusieurs efforts pour se lever de sa chaise et alle r sa rencontre, mais chaque fois les filles intervinren t pour l'en emp cher, et Patsy aura it bien voulu pouvoir les jeter dehors. Comme il cherchait un moyen de faire sortir Mugsy du cabar et, un jeune homme environ du mm e g e qu e lui, entra dans la salle, .et voyant le voyou la table, s'approcha et lui dit quelques mots tout ba!" l o reille Trop sol fut la rpon s e de Murphy c e q u e l' a u t r e lui a va i t dit.

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Un Voisin myst ri e u x l i.e jeune homme murmura encore quelque chos e et Mugsy rpondit de nouveau: Trop sol je vous dis. Je ne peux pas aller le voir. Eh bien 1 fit l'autre; vous perdez un billet de c inq dollars. Patsy, devinant moiti de quoi il s'agissait, dit Mugsy: Quest-ce quil y a Mugsy? Est-ce que je peux faire quelque chose pour vou s ? Tant bien qu e mal M u g sy fit comprendre Patsy que le vieux Smith l'en v oyait chercher et l'attendait au coin de Grand S t reet et du Bowery; que lui, Mugsy, avait' conscience qu'il tait trop sol pour se pr s e nter, et qu'il n'osait pas paratre devant le vieux e n et tat. Je vais y aller pour vous, Mugsy, dt Patsy, je n'ai pas autant pint que vous ce matin, et je lui dirai que vous m'avez envoy vers lui. Fameux 1 s'cria Mugsy enchant. Voil le moyen de s'en tirer 1 Dites donc, il vous donnera le billet de cinq dollars.. Pre nez -le ... et pass e z-le moi! a va bi e n 1 dit Patsy Je le ferai, soyez tranquille 1 Dites-moi, il voudra qu e vous alliez chercher un type. C'est tout. Vous le ferez Patsy s'loigna prcipitamm e nt, heureux l'id e qu'une occasion s'of fr a it lui d e se trouver en conta c t direct avec l'horrim e qu'il d ev ait filer Arriv au coin de Grand Street l'endroit dsign, Patsy vit le mme vieillard qu'il avait vu la veille dans la brasserie de la Quatri m e rue. Il prit pour l'aborder l'acc < mt le plus c anaill e qu'il put, et lui dit : Dites-m'i, mon copain Mug sy, que vous avez fait demander, est sol cr ever et il m'a en voy pour faire votre course. Le vieill a rd plongea son regard aigu dans l es y e u x du j e une d tective et le d vis agea attentivement; puis il dit: J'ai envoy cher c her Gra w et non pas vous. C'est bien a patron rpondit Patsy; je sais a. C'est e x a c t ; mais le copain est sol perdu, voyez v .ous? Il le sait; mais il ne peut secouer son plum et. Il a pass la nuit faire la noce, et il en a jusqu e l C'est mon cousin, et j'essay a i s de le rame ne r ch ez lui, qu a nd le g aron que vous a ve z envoy l'a acco st en disant que vous aviez b es oin de lui e t alors j e suis venu. Pendant ce rcit, l'homm e avait observ Patsy avec l a plus grande attention; alors comme s'il ne dc ouvrait rien de susp e ct dans son histoir e il dit: Oh 1 je crois que vous f e rez l'affaire. J'ai be soin de voir un homme qu e Graw sait o trouver. Pouvez-vous le trouver v ous ? -Je connais tous les typ e s qu e Mugsy con nat D uquel avez-vou s be soin? Je le connais seul e m ent sous le nom de Jake le Craqueur, dit le vi e illard. Le connaissez-vous? Oui, dit Patsy Alors, allez lui dire que j'ai b e soin de le voir aus sit t que possibl e l'endroi t o j e l'ai rencontr hier. IAI vieillard n'offrit pas d'argent Patsy et le jeune dtective en conut la craint e que, dans une certaine mesure du moin s l e s soupons du vieillard ne fussent veill s son suj et. Mais il s'loigna viv e ment et revint a u saloon de. llivington S t r ee t o il tro uva Mugsy et le s deux fill e s. Il tira de sa po che un billet de cinq dollars et l e tendit Mugsy, qui le saisit avec joie Mais Mugs y, dit P a tsy, vous avez encore le ga g ner maint e nant. Qu e le Diable l'emporte 1 dit Mugsy. Il y a un tas d e verres boire dans ce billet; il faut les en faire s or tir. Il faut d'abord ga g ner v otre argent dit Patsy, ou on ne vou s en donnera jamais p.Jus. Cette id e pn tra dans la cervelle de l'ivrogne, et il d e manda ce qu'il y avait fair e p o ur cela. Il a b e soin qu e Jake le Craqueur aille le trou ver o il l'a rencontr hier. Allez le chercher, dit M'ugsy. Mais je ne sais pas o il est, dit Patsy, ditesmoi o il est et j'irai. Il fallut l e s sollicitati o ns d e s d e ux filles et du jeun e homme qui tait venu no t ifier M ugsy le d sir du vi eux de l e voir, join te s celle s d e Patsy pom le r ame ner une disposi t ion d' e sprit a c c e ssible la rais o n. L e r s ultat fut q ue, s uivant l e s instructions d o n n es p a r Mugsy, le j eune vau r i e n fut e nvo y un e ndr o i t q uelqu e distance d e l pour dir e Jake le Cra q ue ur, qu e Mugsy a vai t besoin de le voir dans le cabare t o il s tai ent en ce moment, pour une affaire imp orta n te. L e j e une homme partit en courant et r e vint bientt apr s a nnon ce r que Jake arrivait tout de suite Quel qu e s instants plus tard un homme entra dans la s all e s i g r oss i rement d guis qu e Patsy s'en aperut de l o in, d s qu il ouvrit la porte. Mug s y so utenu par le jeun e homme, alla la ren con t r e
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18 Un Voisin mystrieux. Il insistait, aprs que la tourne et t apporte et avale, lorsque deux ou trois voyous entrrent, dont l'apparition rendit aussitt les filles mal l'aise. Qu'est-ce que c'est? demanda Patsy. Qu'y a-t-il? C'est Jimmy Tully, dit une des filles. Il cher che Mugsy. Eh bien, aprs? demanda Patsy. C'est celui avec lequel il s'est battu au bal, la nuit dernire, et qu'il a ross, dit l'autre fille. Il va y avoir de la casse, dit celle qui avait parl la premire. Je vais me dfiler. Mugsy s'veilla suffisamment pour demander quelle mouche les piquait; on lui dit que Jimmy l'ully venait d'entrer. Il se leva violemment, comme pour aller vers l'homme, mais il s'effondra et tomba comme une masse sur sa chaise, trop ivre pour bouger. Les trois individus vinrent jusqu' la table, et l'un deux se mit insulter Mugsy, maintenant com pltement insensible. Si vous avez une dispute chercher cet homme, dit Patsy, ce n'est pas le moment de la vider. Vous voyez, il n'a pas de rsistance; un enfant en viendrait bout. Un des hommes qui accompagnaient Jimmy Tully, se tournait pour rpondre, mais il recula de surprise en s'criant: Par IDieu 1 C'est le Patsy de Nick Carter. Cette exclamation jete tout haut veilla l'attention de tous ceux qui taient dans la salle. Les deux filles se dressrent sur leurs pieds, vi siblement effrayes. Les hommes assis aux autres tables se levrent et s'avancrent. Patsy commena croire qu'il tait une vilaine passe; il le regrettait parce qu'il craignait de ne pas arriver temps au saloon de Quatrime rue beaucoup plus que pour toute autre raison. De quelque ct qu'il tournt ses regards, il tait entour de visages menaants. Une voix dit au fond de la salle: -Je pensais bien que je connaissais la frimousse du type, mais je ne pouvais pas clouer le nom dessus. Donnez-le au Diable 1 C'est lui qui a pinc Timmy Haley. Un sourd grognement parcourut l'assemble, et un mouvement offensif se dessina vers Patsy. D'un b6nd, Patsy se dressa sur ses jambes, ren versa sa chaise sous lui d'un coup de pied et, tirant son revolver, sauta sur la table. Si vous voulez vous battre, s'cria-t-il, voil le moment. Et c'est pour tuer que je me bats. Le petit diable va tirer, dit une voix en ar rire. Tirer 1 s'cria Patsy, vous pouvez parier votre belle existence que je tire sur le premier qui lve sur moi son doigt crochu. Un murmure, moiti grincement de dents, moiti rire, parc<>urut le groupe en face de lui. Quant a, reprit Patsy, vous ne pouvez pas lever autre chose que des doigts crochus, car vous tes tous des escrocs ici. -Il a la langue bien pendue, dit une voix dans le groupe. A ce m<>ment Patsy vit s'approcher le cabaretier; il tenait la main un maillet pour faire sauter les bondes des tonneaux, et le jeune dtective eut l'in tuition que l'attaque contre lui serait dirige par cet norme ruffian. Il n'attendit pas, mais il visa le manche du maillet et fit feu. Il avait vis juste; et avant que personne st ce qu'il voulait faire, le maillet, dont le manche tait fracass, tomba des mains de la brutale canaille, son grand bahissement. La prcision du tir tonna ce groupe de chenapans. Patsy poursuivant son avantage, s'lana de la table, et du poing et de la crosse de son revolver, il frappa ceux qu'il trouva devant lui ds qu'il eut mis le pied sur le plancher. L'attaque fut si vigoureuse et si inopine qu'il y eut un mouvement de recul dans la foule; mais presque aussitt quelqu'un cria de cerner ce vilain chien. Patsy n'attendit pas que le cercle se fermt; il se mit frapper si vigoureusement droite et gauche qu'en un moment, il se fraya un passage travers le rassemblement et se trouva entre ses ennemis et la porte d'entre. Il se retourna brusquement et braqua ses deux revolvers sur le groupe ameut: -A bas, tas de chiens 1 s'cria-t-il. A bas tous, ou je tire 1 On vit aussitt que, bien qu'il ft seul contre vingt, il les avait intimids. La moiti se laissa tomber sur des chaises ou sur le plancher l'endroit o ils se trouvaient, tandis que les autres reculaient de peur. L'norme cabaretier essayait furtivement de re to'Urner son comptoir; mais l'il vif de Patsy s'aper ut de ce mouvement; il tourna un de ses revolvers contre lui et lui cria: Restez o vous tes, ou je fais un trou dans votre pot bire. 1 Alors, voyant les deux filles tremblantes qui se recroquevillaient dans 'llil coin, presque folles de terreur, Patsy leur cria: / Eh 1 les deux gonzesses, voulez-vous sortir d'ici? Si oui, arrivez, c'est le moment 1 Les deux filles se prcipitrent travers la foule et se mirent derrire Patsy. Allons, sortez, et rentrez chez vous, dit Patsy. Quand elles furent hors de la salle, Patsy com 'menc;.ia marcher reculons vers la porte, faisant tou jours face aux chenapans sur lesquels il tenait ses revolvers braqus.

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Un Voisin mystrieux. 19 Il arriva ainsi jusqu' l'entre; l il fit rapide ment volte-face et d'un bond fut sur le trottoir. Il remit ses revolvers dans ses poches, en se di-sant: -J'espre qu'il n'est pas trop tard pour voir le petit vieux. Une poursuite folle. Patsy se mit courir toutes jambes dans la direction du Bowery et de la Quatrime me. Comme il approchait du coin, il s'avisa que si l'oasion lui tait donne de suivre le vieux, il fe rait bien d'oprer quelques chang ements dans sa per sonne. A la rflexion, il se dit que, s'il avait t trop re tard par sa querelle dans le cabare t de Rivington Street et que l e vi eux ne ft plus la brasserie de la Quatrime rue un d gu i sement l ui s erait inute C e tte pense le conduisit s'assurer d'abord si l e vieillard s'y trouvait ou non. Il courut donc la brasserie, et s'approcha de la porte qui consistait en deux battants flottants; il les carta doucement, juste assez pour voir que le vieux tait encore l, en train de parler Jake le Cn;i.queur; celui-ci avait t le d guisement sous ie,. quel il s'tait prse nt dans le cabaret de Rivington Street. Patsy s'loigna promptement et c h e rr.ha une porte coch re sous laquelle il pt procder un changement un pe11 soign de sa personne Quand il en sortit, il aurait fallu des yeux bien perants pour dcouvrir que c'tait le m me homme qui y tait entr Il &e posta sous l'auvent d'une boutique d'picerie, d'o il pouvait surveiller la porte de la brasserie, et attendit patiemment l'apparition du petit vieux. Pendant sa fac ti on, il vit le jeune homme qui avait notifi d'abord Mugsy que le vi eillard dsirait le voir au coin de Grand Street, tou rner en courant le coin de la rue, et s e prc ipiter dans la salle. Patsy se mit rire. Il va dire au vieux, qu'un des lieutenants de Nick Carte r s'intresse au jeu, se dit-il en lui-m me. Une minute aprs, Jak e l e Craqueur sortit en toute hte d e la brasserie et tournant dans la Quatri i;ne rue disparut bientt aux regards du j e une d tective Patsy gloussait de plaisir. a l es disperse, dit-il. Un instant plus tard le jeune homme sortit, je tant autour de lui des regards effarouchhs; il prit sa dans la direction du Bow ery, puis se posta au com, et Patsy put voir qu'il tait l en observation, surveillant tous les cts. Il eut un autre gloussement de satisfaction, et dit: a leur brise le cur 1 Enfin, aprs une courte attente, un homme aux cheveux et la moustache noirs, la jaquette troire ment boutonne, _quitta le saloon et remonta la rue d'un pas nnnchalant. Patsy l'examina et trouva que c'tait assez trange qu'un personnage de cette mine sortt d'un pareil endroit. Il le suivit de l'il jusqu'au coin, et il vit le jeune voyou lui adresser la parole. Patsy sauta en l'air comme s'il avait reu une balle. Sainte bont 1 s'criat-il. Il traversa la rue d'un trait et s'engouffra dans le saloon. Le vi e illard avait disparu. Patsy se reprcipita dans la rue, en se disant tout haut: Je suis 1un triple idiot 1 J'aurais d deviner que l'homme noir tait le petit vieux. Il r emonta la rue, aussi rapidement qu'il le pou vait sans s e fair e remarquer, en suivant l e tr o ttoir du ct oppos. Comme il approchait du coin il vit que l e : j e une homme tait toujours l, observant de prs tous les passants. Patsy s'arrta avant d'tre aperu de cette sen tinelle, afin de rflchir ce qu'il devait fairB. Le j eune polisson est aux aguets, se dit-il. Pour quoi? Pour me signaler s'il me voit. Et qui me signa leraitil, sinon l'individu q ui s'tait si compltement m tamorphos en quittant son dguisement de petit vieux? Il s'en suivait que cet homme ne pouvait pas tre bien loin. Il se mit fcart sous une 'Port e, rsolu attendre que le jeune homm e s'en allt, afin de le suivre. Il attendit longtemps; le jeune voyou restait fidle ment au poste. En.fin il s'loigna, traversa la Quatri me Avenue en remontant le Bowery, et s'e ngagea dans la Troi sim e Patsy se glis s a derrire lui ayant soin de profiter de tout oe qui pouvait sur la route l'aider se dissi muler. Le chemin du jeune homm e aboutit un saloon non l oin de la Huiti!me rue; il y entra. Patsy l'y aurait suivi, s'il n'avait pas remarqu qu'avant de fermer la porte il avait soulev son cha peau et lui avait imprim un mouvement singulier au-dessus de sa tte. Le dtective en conclut que c'tait un signal quelqu'un de l'intrieur, pour lui indiquer que l e s enviro ns taient libres, et que par consqu ent, la per sonne qui sortirait serait celle qu'il fallait suivre. Un fiacre tait arrt prs du trottoir; le cocher, la tte basse et agite de temps en temps d'un sur saut nerveux, dormait, assis dans la portire ouvert e de son vhic ule. 1

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I 20 Un Voisin mystrieux. Patsy se glissa derrire la voiture, et attendit pour voir ceux qui sortiraient du cabaret. Au bout de quelques instants, un homme apparut dont les cheveux les favoris et la moustache taient gris, blancs. Patsy aurait laiss cet homme s'loigner, s'il ne l'avait vu se tourner la porte du cabaret, pour par ler quelqu'un qui restait l'intrieur. Ce quelqu'un, Patsy put le voir; c'tait le jeune voyou Voil deux bons dguisements, rapidement faits, se dit-il. C'est un amateur dans la partie L'homme remonta jusqu'au coin, puis, reve nant sur ses pas, il s'adressa au cocher assoupi. Ce ne fut pas sans peine que Patsy put se dissi muler en tournant autour de la voiture Mais comme l'homme la barbe grise entrait daps le fiacre et que l e cocher grimpait sur son sige, il russit gagner le trottoir sans tre observ, et se cacha derrire une voiture d'picier qui venait heu reusement de s'arrter prs de l. Comme les chevaux de la voiture, dont la tte regardait du ct de la basse ville, tournaient pour prendre l'autre direction et filaient, fouetts vigoureuse ment, Patsy s'lana derrire. Au mme instant, un long et strident coup de sifflet le fit tressaillir. C'est un signal, se dit-il. C'est pour avertir l'artiste en mtamorphoses la minute que la voi ture est suivie. Le cocher avait videmm ent ses instructions pour conduire rondement, car il fouetta ses chevaux, qui n'taient pas des meilleurs, de telle sorte que Patsy commena craindre de les perdre, bien qu'il court de son mieux. Le vhicule monta la Quatrime A venue; mais, cnme: il arrivait au pt de maisons entre la Treizime et la Quatorzime rue, un policeman s'lana du trottoir et leva son bton pour intimer au cocher l'ordre d'arrter. Patsy embrassa d'un coup d'il la situation. L'agent trouvait videmm ent que l'allure laquellie la voiture tait mene, outrepassait la vitesse per mise par les rglements. Patsy, qui t:tait presque bout de souffle, profita de ce retard pour prendre une voiture qui passait vide; il fourra un billet de cinq dollars dans la main du cocher en lui disant: -Tout est pour vous si vous ne perdez pas de vue la voiture qui est l devant vous. Il tait peine mont que l'autre fiacre se remit en route, mais allure plus modre Il traversa la Quatorzime rue, monta lentement jusqu' la Seizime, puis tourna droite et descendit jusque dans Irving Place. L, les chevaux furent fouetts et emportrent la voiture jusqu' la Vingtime rue; puis elle tourna encore droite et fit le tour de Gramercy Park. Patsy, toujours au guet, vit le cocher du fiacre qui semblait incliner la tte pour couter quelque chose. Il fut persuad que le voyageur de 1'intrieur parlait au cocher par la fentre d e devant. Aps Gramercy Park, la voiture se livra aux mou vements les plus excentriques. En arrivant un pt de maisons, un bloc>> comme on dit, elle se mettait au pas et le longeait ainsi jusqu'au bout; mais au coin, le cocher jouait du fouet et elle tournait en prenant une allure folle. Elle tournait ainsi chaque coin, quelle que ft la direction de la rue. Presque1 chacun de ces tournants Patsy la perdait de vue pendant quelques moments. Dans un de ces intervalles, la voiture de PatSfY arriva juste temps pour permettre au jeune dtective d'entendre la portire du fiacre qu'il poursuivait cla quer en se refurmant. L'instant d'aprs, il aperut un homme qui n'avait ni cheveux gris ni barbe noire, traverser d'un bond la rue et courir de toutes ses forces, sur le trottoir. En un clin d'il Patsy sautait de son fiacre et courait aprs lui, car il savait qu'en dpit de son nouvel aspect, c'tait pien celui qu'il filait. La chasse ne fut pas longue. A la porte de der rire d'un cabaret faisant le coin, le fugitif se prcipita et Oisparut l'intrieur. Patsy n'tait qu' quelques mtres derrire lui. Un policeman qui se trouvait en face, voyant cette agitation, traversa moiti la chausse; Patsy l'a borda. Agent, veillez sur la porte d'entre, s'cria le jeune dtective, et avant que le policeman interloqu pt ouvrir la bouche pour faire une question, Patsy franchissait la porte par o son homme venait d'entrer. Il se trouva dans un petit corridor; devant lui une porte vibrait encore comme si on venait de l'ouvrir violemment. Il passa cette porte et entra dans une salle de bar encombre de consommateurs. Ce grand nombre de clients tait favorable une vasion. Patsy ne fut pas longtemps constater que l'homme qu'il poursuivait n'tait pas l, et il pensa aussitt qu'il avait d s'chapper par la porte donnant sur le pan coup. En effet l'tonnement interrogateur visible sur les traits de ceux qui taient l, leurs yeux allant de la porte d'entre Patsy, lui dirent tout de suite l'histoire de ce qui vena.it .de se passer. Il courut cette porte. Si l'agent de police avait fait ce qu'il lui avait dit de faire, l'individu avait d tre saisi au collet en sortant. Il ouvrit la porte et le spectacle qui s'offrit ses yeux lui prouva trop clairement que l'homme s'en tait all par l. Le policeml!.ll se relevait de dessus le trottoir o il avait t videmment tendu d'un coup de poing. f

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Un Voisin mystrieu x. 21 Il avait la respiration coupe, et tout ce qu'il put faire quand Patsy lui demanda imptueusement o son homme avait fui, fut de lui dsigner du doigt l'escalier du chemin de fer arien, qui se trouvait au coin de la rue. Un train s'y arrtait juste ce moment. Patsy montait l'escalier par trois marches la fois, quand un craquement et une secousse l'avertirent que le train partait. Il aurait voulu passer sans s'arrter devant l'em ploy qui perforait les tickets, et courir le risque de sauter dans le train en marche. Mais croyant qu'il essayait de voyager l'il, le prpos aux tickets le saisit par l'paule en s'criant: O est votre billet, jeune homme? Patsy poussa un cri de rage et se dbattit pour se dgager. Mais la dernire voiture du train tait passe. L'homme que Patsy avait si chaudement poursuivi parut la portire de la dernire voiture. Sur sa bouche s'panouissait un sourire sarcastique Patsy, tout dconfit, se mordit les lvres et se dtourna de ce spectacle exasprant. Pour la vie ou pour la mort. Cependant Chick s'tait prsent la prison des Tombes porteur d'un ordre d'largissement en faveur de Budd Weston, nom sous lequ el Grogan avait t incarcr. Quand ils furent dans la rue, Grogan dit: Vous tes de parole, vous 1 A la bonne heure t Je croyais que vous m'auriez oubli; je ne m'en se rais pas autrement offens. Non, dit Chick, quand je donne ma parole, je m'arrange d'ordinaire pour la tenir. -Eh bien, qu'est-ce que vous voulez? dit Gro gan. Vous voulez qtielque chose pour a; vous ne l'a vez pas fait poill rien. Bien parl 1 dit Chick Il y a beaucoup de sens dans ce que vous dites. Il vous faut rpondre quel ques questions, et si vous ne comprenez pas o elles 1 t e ndent, tant mieux pour vous. Trs bien 1 dit Groga.i1; allez-y donc 1 -La premire question est celle-ci: M'avez-vous dit la vrit en affirmant que vous ne saviez pas pour quoi on vous avait appel au coin de la Soixante-trei zime rue et de Colombus A venue? -Je vous ru dit la vrit. Alors vous n'tiez pas dans l'entreprise des vols d'enfants? Noa, rien ne m'avait t dit l-dessus; mais j'ai pens que j'tais l juste pour faire les choses pour lesquelles on m'y avait mis. Vous voulez dire, poursuivit Chick, que leur intention tait de vous avoir l pour aider leur entre prise, mais qu'ils n'taient pas disposs vous y associer d'avance. C'est peu prs a, dit Grogan. Ma conduite n'est pas fameu;;e et vous le savez bien, de sorte qu'il vaut autant que je prenne mon parti de vous avouer que je ne suis pas sans reproches. Mais quant ce qui est de cette affaire d'enlvement d'enfants, je n'y suis pas; je n'aime pas a, il n'en peut r Eulter rien de bon et c'est trop dangereux. Croyez-vous que ces gens connaissaient votre sentiment l-dessus? Je ne pense pas, dit Grogan d'un ton srieux. Dites-moi, je suis dans une drle d'affai.re, dont je ne me rends pas encore bien compte. Il y a de l'argenti gagner pour tout ce qu'on vous demande de faire, et j'en ai gagn, tout un tas sans qu'on m'ait demand de faire quoi que ce soit de tout fait malhonnte, sauf cette histoire d'il y a deux ou trois jours. Qui vous a envoy en faction ce coin? Jake le Craqueur. Je sais qui c'est. Chick, qui se souvenait du rcit de Patsy rela tif la rencontre de l'individu nomm Jake le Craqueur avec le petit vieux dans le saloon de la Quatrime rue, en conclut aussitt que Grogan n'avait eu de relations avec le petit vieux que par l'intermdiaire de cet escroc. Cependant il lui posa cette question: Andy, vous avez plus ou moins travaill pour quelqu'un qui est derrire Jake le Craqueur? C'est vrai. Avez-vous jamais vu cet homme :l? -Je n'en suis pas sr. Mais une fois, j'ai Vil Jake et un petit vieux qui causaient ensemble, et j'ai suppos que ce petit vieux tait l'homme dans le noir. Mais je n'en suis pas sr. Quand j'ai demand Jake, il m'a dit comme a: Un pauvre diable n'a pas besoin d'en savoir trop long. Chick fut persuad qu'il avait tir de Grogan tous les renseignements que celui-ci pouvait lui donner. Ce n'tait pas grand'chose, mais tels qu'ils taient, ils confirmaient ce que Nick et Patsy avaient dj dcou vert. Poo. dsireux de perdre son temps en la compagnie de ce personnage, il prit cong de lui sur le champ, non sans avoir reu les remerciements pleins d'ef fusion du filou et ses assurances d'amiti. Il se rendit en toute hte chez Nick, o il trouva P atsy qui venait de faire son chef le rcit des vnementg de la journe. Chick ajouta au stock commun les renseignements que Grogan lm avait fournis. Pris dans leur ensemble, dit Nick', ces renseigne ments ne sont gure importants. De mon ct, mon tra vail ne m'a pas appris b ea ucoup de choses se rapp01; tant directement aux affaires que nous avons en main.

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22 Un Voisin my s t ri e ux. Je ne crois pas, Patsy que vous deviez vous adres ser de trop vifs r e pro c h e s pour avoir laiss chap per cet homme. C'est videmm ent un individu trs malin et trs habile qui cache son id e ntit mme ceux avec qui il travaille. Il m a intient 'sur eux son autorit en payant g nreusement leurs services mais il n 'en met aucun dans sa confiden ce. Maintenant, cec i dit je puis ajouter que j'ai ob tenu un avantage que vo us a vez laiss passer; mais ce n'est pas grce m o n h ab il e t ou mon jugement; c'est plutt gr ce ma c h ance. J'ai trouv une parti e d e la piste de l'homme qui vous a chapp tous deux, Patsy. Parbl eu! cela ne pouvait pas manqu er; vous deviez la trouv e r 1 dit Patsy. L e t o n d e Patsy exprimait si clairement le d sapp o in te m ent que le Chef et Chic k ne purent s'em p c h e r de rire. Ne vous blmez pas, Patsy dit Nick'. Je me trouvais par hasard la station du chemin de fer a ri e n regardant en bas dans la ru e, quand je vous aperus venir en cour a nt jusqu'au c oin et parler au po li ceman. Je regardai a pr s qui vous tiez, et je vis l'homm e entrer violemm ent dans le saloon par la porte d e derrire, en ressortir presqu e aussit t par la porte de la rue, renverser le polioeman d 'un coup de poing, et se prc ipiter dans l'escalier du chemin de fer. Je n e savais pas qui il tait, natur e llem e nt, ni pourquoi vous vouliez le tenir. Mais, comme j'avais remarqu avec quelle adre s se il s' ta it d barr as s du policeman je ne le p e rdis pas de vue et entrai dans la m me voiture que lui. Je me doutais bien que si vous vouli e z le tenir, c'tait pour quelque c h o se. Je le suivis donc lorsqu'il sortit de la voiture la Huitime rue. Je le laissai desc e ndre l'escali e r devant moi; j e le fila i jus qu' St. Marks Place et je notai la maison dans laqu e lle il entra. G al s' cria Patsy. Je suppose que le p e tit vi eux s'est r et ir des affair e s en temps et qu'on n e le verra plus dans le saloon de la Quatri me ru e soit comme petit vieux, soit sous un autre as p ect. Vous avez parfaitement raison Patsy, dit Nick. Cet homme prend beaucoup plus de peine pour faire pe r dre ses traces qu'aucun malfaiteur dont j'aie eu m'o c cuper Maintenant, rsumons Mais d'abord laissez moi vous dire certaines choses que j'ai appris e s dans le courant de la journe Le seul fait significatif qui ft notre connai& sanc e ds le commencem e nt, c'est que par l'inter m di a ire d'un certain Mr. An se l un homme du nom de Devereaux avait touch un chqu e d e dix mille dollars. Le signal e ment de ce Devereaux, r c emment arriv New York prsent et reu dans les cercles du West Side c oncorde avec celui d'un malfaiteur qu e nou s c onnaissions et qui, sous ce nom, a exerc son industrie la Nouvelle-Orlans et Chicago. Je suis parti de cette ide que c'tait le mme individu et j'ai poursuivi mon enqute par t lphone et par le tlgraphe; elle m'a fourni une assez jolie histoire de ce misrable escroc Comme je sais que cet homme, que nous ap pellerons Devereaux, est d'une adresse extraordinaire se dguiser et que vous a v ez eu, tous deux, aujourd' hui, la preuve que l'individu que vous poursui v iez est extrmement habile dans le mme art, je crois que nous pouvons admettre, sans crainte de nous tromper que l'homm e que nous rech e r c hons est bi e n le mme Devereaux qui donna tant d e fil retordre aux auto rits d e Chicago, sans qu'elles pussent jamais empcher ses oprations. Oui dit Chick, il n'y a aucun doute; et ce d o it tr e un avantage pour nous de savoir cela. Mais il y a une chose qui me frappe. Quoi donc? demanda Nick. Il me semble, rpondit Chick, qu'aprs tout cet h o mme ne varie pas beau c oup ses travesti s sem e nts. Comm e je vous l'ai dit, j'ai vu ce Devereaux, de l Ouest, en p e r s onne propre e t d'apr s mon vieil ami le joueur j e su i s un des r a res qui l'aient vu tel qu il est r e lle ment, pendant ces vingt dernires annes. Or en nous en rapportant au,x r e nseign e ments que nous avons il n'a que quatre dguisements ; et c'est sous l'un de ces quatre qu'il vit l'ordinaire. Chose qui tend prouver aussi, que ce n'est pas un homme qui puisse prendre en un moment n'importe quel d guisement comm e toi Chef tu sais le fair e Tu veux dire sans doute fit Nick que c hacun de ses travestissements est le rsultat d'une tude approfondie et qu'il ne saurait les prendre s'il ne les avait pas essay s et pratiqus longtemps. Ce que je veux dire, dit Chick, c'est qu'il n'ose rait pas improviser un d guisement quelconque sur l e moment. Tout cela revient dire, fit observer Nick, que nous avons, dans cette affaire, re c her c her un homme qui s e c a c h e sous l'un de ces dguisements et p a s sous d'autr e s. C'es t bien l le point o je voulais en arriv e r dit Chick. Mais tu dis a is que tu avais autre chos e nous communiquer sur affaire Oui, dit Nick. D'abord je dois dire que cet homme est un individu des plus dangereux et des plus vindicatifs, qui a plusieurs meurtres sa charge et qui est impitoyable dans ses veng ea n c es. C'est un compos bizarre d'aprs tout ce que je recueille sur son c ompte: sournois, prudent presque jusqu' la timidit hardi dans l'excution de ses plans tm raire pour assouvir ses r anc unes, il est fortement attach ceux qu'il aime. Maintenant c ela dit vous souvenez-vous de l'af fair e Wil son K ey es que j'ai arrt Chicago p e u

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Un Voisin mystrieux. 23 de temps aprs que tu m'eusses donn ton concours, Chick'l Parfaitement, rpondit Chick. C'est une des premires affaires o je t'ai vu l'uvre. Tu as fait convaincre l'homme de meurtre, et il a t pendu. -Ce Wilson Keyes, dit Nick, tait un associ de _Devereaux, et si je suis bien inform, le seul h c mme auquel Devereaux ait accord sa confian entir e Il avait pour lui un trs vif attachement. Dites-moi, Chef, demanda Patsy, vivement in tress, Devereaux tait-il impliqu dans l'affaire Keyes? Pas directement, rpondit Nick. Le meurtre fut le rsultat d'un complot pour extorquer de l'argent, complot que l'on supposa prpar par Devereaux, mais il n'y tait plus quand l'assassinat fut commis. Le fameux dtective cessa de parler, et ses deux lieutenants, levant les yeux sur lui, furent tonns de l'expression grave et srieuse de son visage. Tu as encore quelque chose dire, fit Chick. Oui, dit Nick gravement. J'ai appris dans ces dernires vingt-quatre heure s, que Devereaux a j u r qu'il y a une chose qu'il faut qu'il fasse avant de / mourir, c'est de me tuer aprs m'avoir fait souffrir comme j'ai fait souffrir Wilson Keyes Mes amis parmi les autorits de Chicago pens ent que si Devereaux opre ici maintenant, son v ritable but en venant New York, est d'excuter sa vengeance contre moi Le fameux d tective setut, et s e s deux lie : utenants changrent des regards o l'tonnement se mlait l'inquitude Que sa vie ft menac, ce n'tait pas un fait bien extraordinaire dans la carrire de Nick Carter Patsy et Chick pouvaient compter une centaine d'in dividus qui avaient menac de {aire son affaire Nick Carter; mais celui-ci avait trait toutes ces menaces comme si c'tait autant de c omplim e nts. Et maintenant il leur semblait que l'homme qui ne connaiss ait pas, croyaient-ils, le sens du mot peur prouvait une relle apprhension. Ils ne savaient que rpondre, et comme le fameux dtective restait plong dans ses mditations, il y eut quelques m o ments de lourd silence. Enfin Nick se secoua e t dit: Mais il faqt continuer notre besogne. Chef, dit Chick, tu consid res cette menace de mort de Devereaux comme plus srieuse que celles qu'on t'adresse d'habitude. Oui, dit Nick avec la mme gravit dans la voix Je sais que cet homme est d'une habil e t peu, commune; sa ruse est profonde et il a le courage du dsespoir quand il est accul. Je ne crois pas qu e vous alliez, vous qui me connaiss e z si bi e n vous imaginer que j'aie la venette quand je dis que je considre cette a ffaire comme un cas o il s'agit de ma vie ou de celle de l'homme que nous -recher c hons. Depuis l'affaire Maud Landon, o je fus rduit l'im p uissance par l'affreux m lange que contenait cette fiole brise sur moi, la pense m'est venue que je ne suis pas tout--fait aussi invulnrable que je l'avais cru. Mais ... Le fameux dtective se redressa de toute sa hau teur, et frappant avec bruit la table de sa main ou verte: Cet homme, ou moi, dit-il. Je ne le lcherai pas un instant. ette mnace est la plus srieuse qu'on m'ait jamais adresse, mais la rgle est la mme: l'homme qui me menace doit tre puni. Puni, il le sera, quand mme j'y devrais laisser la vie Le voisin mystrieux. Un quart d'h eure peine s'tait coul depuis le dpart de Chick et de Patsy, lorsque la servant e vint dire Nick que Mr. Avery tait la porte et dsirait le voir. Nick Qrdonnal l a s ervante de faire entrer le gentle man dans le p e tit salon, o il le suivit aussitt. A son entre, Mr. Avery se leva et dit: J'ai bi e n peur, Mr. Carter, que vous ne me considri e z comme une personne trs obstine. Je suis venu dans l' e spoir que je tomberais sur une de vos soires d e loi sir dans votre vie si occup e et que vous m'en donneriez quelqu e s i n stants pour commencer la partie d'ch e cs que je suis si dsireux d'engager avec vous. J'ai l'esprit occup d'une affaire importante laquelle je dois donner toutes mes penses c ette nuit; dit Nick Carter, mais je vous accorderai une heure 'Mr. Avery, et il n'est pas impossible que ce changement me soit profitable. Mr. Avery se leva, tout allgre, son visage expri mait une vid e nte satisfaction. Monsieur dit i l je c onnais la force et les exploits de tous le s joueurs d'checs du monde entier, connus et inconnus, les clbres comme ceux qui n'en ont pas fait l'uvre uniqu e de leur vi e ; c'est de cette faon que je suis arriv savoir que les meillenrs jou e urs d' checs sont p e rsuads depuis longtemps, que, si vous, Mr. Carter, vou l iez vous appliquer ce jeu, vous seriez bientt parmi les premiers d'entre eu x Vous avez du gnie. Et dame 1 je suis anxieux de mesur e r mes faibles forces avec vous. Il s'inclina devant Nick et le pr cda hors de l'appartem e nt, en disant: -Eh bien, allons 1 Nick le suivit du premier tage o il d e meurait, jusqu'au troisime, o il fut introduit dans un petit salon, meubl d'une manire peut-tre un peu trange, mais non sans lgance. Les nombreuses tables d'checs qui se trouvaient dans l a pice et l es nombreux j e ux d'checs cliss-

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24 Un Voisin mystrieux. mins un peu partout et dont quelques-uns taient trs prcieusement sculpts, indiquaient clairement que c' tait la demeure d'un joueur. Aprs avoir ferm la porte derrire lui, Mr. Avetry dit son hte: Le fait est, Mr. Carter, que je suis fanatique de presque tous les jeux de hasard et d'adresse. J'a voue mme qu'autrefois j'tais un joueur effrn, mais dans ces dernires annes, je n'ai plus jou aux cartes pour l'enjeu, bien que j'tudie avec ardeur la science des probabilits. Il traversa la chambre pour aller vers une longue table troite dont le dessus tait d'un poli brillant; il tourna la clef qui tait dans la serrure, souleva ce dessus qui tait charnires, et exposa la vue un jeu de pharaon. Un instant, Nick supposa qu'on l'avait attir dans cette chambre afin de l'entraner une partie de pharaon, et il eut un sourire pour la simplicit du stratagme. Mais il s'aperut bientt qu'il se trompait. Soule vant la boite, Mr. Avery se mit parler des probabilits de gain ou de perte, appuyant ses dmonstrations au moyen des cartes qu'il maniait avec agilit. Nick s'imagina alors qu'il tait tomb sur un homme atteint d'une douce manie; il se dispensa de suivre avec attention des arguments que Mr. Avery interrompit brusquement lui-mme en disant: Mais tout cela retarde notre partie. Il ferma la table de pharaon, mit la clef dans sa poche, et se dirigea vers la partie de la chambre qui donnait sur la faade de la maison; il tira d'un coin une table d'checs et plaa une chaise de chaque ct. Les pices taient arranges d'avance dans leurs cases pour le commencement d'une partie. Avery fit sig'neJ ,Nick de choisir sa couleur et poussa, porte de la main du dtective une petite table sur laquelle il posa des cigares et des allumettes. Puis il s'assit en disant: Nous allons tirer au sort qui commencera. J'y tiens beaucoup. Il tira un penny de sa poche, le recouvrit de sa main pose sur la table et jeta Nick un regard inter rogateur Nick dit: Face 1 Mr. Avery dit en retirant sa main: C'est face! A vous le premier coup 1 Le jeu se droula rapidement pour une partie d'checs, et, au bout d'une demi-heure, Mr. Avery s'aperut qu'il se trouvait en fcheuse posture. Pendant cinq b o nnes minutes, il tudia la situa tion, sans faire une remarque; il dit enfin: -Ma reine est dj en danger Vous allez me faire chec et mat en sept coups Pas moyen d'y chapper. Je m'avoue vaincu ds maintenant, parce qu'il n'y a plus aucun espoir. Mr. Carter, vous avez un jeu brillant et audacieux dans lequel vous dployez, en cc cas du moins, une excessive tmrit; dans vos cinquime et coups, par exemple; j'aurai s d apprcier au moment mme, mais je ae l'ai pas fait. Il se leva de sa chaise, et tenant un instant ses regards baisss sur Nick d'un air songeur, il reprit: -Mr. Carter, vous tes prcisment l'homme qui peut me fournir la revanche que je cherche depuis si longtemps et que je ne puis obtenir. Nick leva la tte, un peu surpris de cette ma nire de parler, et demanda: Qu'entendez-vous par l, Mr. Avery? Depuis un an au moins trois fois par semaine, je joue aux checs avec un joueur expert qui soutient ce que je crois de fausses thories sur ce jeu. Ce pendant les occasions o je le gagne sont si rares qu'el les peuvent peine compter. J'ai remarqu dans votre jeu ce soir les qualits qui dmontreront par l'exp rience et par la pratique mme la fausset des thories de mon ami Tillman. Permettez-moi de vous mener chez lui immdiatement. Le premier mouvement de Nick fut de refuser ; mais l'intrt qu'il prenait au jeu d'checs, endormi depuis si longtemps, s'tait rveill dans toute sa forc e en s'asseyant la table de jeu, et surtout en rem portant cette rapide victoire. Je ne vois pas de raison pour ne pas passe1 la nuit jouer, fit-il en riant. A quelle distance et o allons-nous? Il n'y a pas loin, certainement, dit Mr. Avery Mon ami est un homme la vieille mode, et il est aussi toqu de ce jeu que moi-mme. Il demeure dans St. Mark's Place. Nick tressaillit. S'il avait hsit y aller, son hsitation cessa quand il sut fPI'il s'agissait de St. Mark's Place. L'ide lui traversa l'esprit aussitt qu'il y avait l pour lui une chance possible de savoir quelque chose sur l'homme qu'il avait suivi jusqu' une mai son de cette rue. Il accepta donc, en disant qu'il descendait pr venir sa cousine de sa sortie, et qu'il rejoindrait imm diatement Mr. Avery dans le vestibule. Arriv chez lui, il appela Chick par son tlphone; celui-ci, heureusement, se trouvait dans sa chambre Il dit Chick o il allait et le chargea de prvenir Patsy pour qu'ils se rendissent tous deux dans le voisinage, car il pourrait y avoir quelque chose faire, en consquence de ce qu'il dcouvrirait. Il sortit et trouva Mr. Avery qui l'attendait dans le vestibule. Les deux hommes quittrent la mai son et se diri grent vers St. Mark's Place par le plus court chemin Nick prouva une surprise intense en reconnaissant que la maison o le conduisit Mr. Avery tait la mme O tait entr l'homme qu'il avait sivi et qui avait chapp la poursuite de Patsy dans l'aprs-midi de ce mme jour.

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Un Voisin mystrieux. La maison tait construite dans le style des mai s ons anglaises avec sous sol; les salons taient si t u s au deuxime tage. N ick ne fit aucune rflexion son compagnon; mais lor s q u e la porte fut ouverte par un domestique, il suivit Mr. Avery de si prs qu'il put l'entendre dire: Nous allons chez Mr. Tillman. Mr. Avery le pr cda dans l'escalier et, comme i ls montaient, Nick demanda si c'tait une maison m e uble. Oui, rpondit Mr. Avery Elle est loue en meubl Mon ami, Mr. Tillman occupe l'tage o nous allons; il y a bien des annes qu'il y demeure. Arriv une porte du second tage, Mr. Avery frappa; elle fut aussitt ouverte par un homme grand, maigre, aux cheveux gris, et la longue barbe. Soyez le bienvenu, Avery 1 s'cria-t-il. Qui m'amenez-vous donc? Avery franchit la porte, suivi de Nick qu'il pr senta comme son ami Mr. Carter, gentleman capable d'administrer Mr. Tillman, aux checs, la vole de bois vert qu' il ne rus s issait pas lui donner lui mm e Cette prsentation fut accueillie par des clats de r ir e et Mr. Tillman dit: -Je suis tout prt me battre. La table est dress e. J etant autour de lui un regard rapide, Nick vit qu'ils taient dans la pice appele le salon de de vant; qu'elle tait lar ge, carr e richement meuble l'ancienne mode, avec des rideaux de lourdes toffes qui l' a s s ombrissaient et dissimulaient entirement les fen tr es Il avait aussi remarqu que lorsque Mr. Tillman avait ferm la por te p a r laqu e lle ils taient entrs, il avait tir les portires par dessus et fait un mou ve ment, comme s'il avait ferm la porte clef et mis la clef dans sa poche. Cependant, Nick n'en tait pas certain; le mou vement, en tout cas avait t assez prestement fait p our tre peine visible. En fait Nick tait port croir e qu e seule son habitud e d e tout souponner l u i avait fait donner ce s e ns un mouvement insignifiant. Quoi qu'il en ft M r. Tillman alla avec ment vers la table et dit: vous donn e le c hoi x des pices et le trait. Nick dit qu'il prenait les noirs. Il s assit devant la table et Mr. Tillman se mit en fac e de lui. Nick joua le premier coup de la mme manire qu'avec Mr. Avery M r. Tillman n e fit pas le m me coup que Mr. A v ery; mais, de m me qu'avec celui-ci, la partie mar cha rapidement jusqu' un moment o Nick av a n ant s on cavalier, Mr Avery frappa dans ses m a ins et se mit rire. M r Tillman se livra un prolong rle la situati on et dans cet in te rvalle, Mr. Avery se leva en disant: -Je vais chercher un chantillon de votr e sherry rouge, Tillman. Dans la salle manger, fit Tillman brive ment. Mr. Avery quitta le salon par une porte au fond, et Nick entendit nettement un tinte m e n t de verres. Peu d'instants apr s Avery ap pela: Venez ici, Tillman, je ne trouv e pas le sherry Venez me montrer o il est. Tillman se leva de la table avec une exclamation d'impatience et sortit vivement. Nick consu lta sa montre et vit qu'il tait un peu plus de dix h e ures Il en conclut qu'il y avait au moins une demi-heure qu'il tait l. Il fit alors une chose sin g ulire. Il alla la fentre de la faade dont il carta l e s rideaux; il vit que c'tait une fentre la franaise, c'est--dire s'ouvrant comme des petites portes vi tres. Il ouvrit un battant et jeta d e hors quelque chose qu'il avait tir de sa poche. Il referma la fentre, replaa les rideaux comme ils tai ent auparavant, revint sa chaise, et s'assey ant se mit tudier les pices du jeu qu'il avait dev ant lui. Pendant qu'il tait ainsi occup, deux personn e s qui taient sous les fentres, traversrent la rue, et, arrives au ct oppos, levrent la tte vers l'appar tement o se trouvait Nick. L'une d'elles dit l' a utr e : Le Chef est dans cette chambre. Oui rpondit l'autre. Cette petite boule de papier est un signal pour nous informer. qu'il est l haut. Ces deux hommes taient, comme on l'a d e vin, Chick et Pa.tsy, prompts et fid les gardiens, veillant au poste o Nick les avait appe ls. Nic k tait d e puis l o ngte m p s absorb dans la con templation d e J c hiqui e r l o rsqu'il entendit prs de lui un lger bru i ss e ment ; il leva les yeux et tre ssaillit. Devant lui s e tenait un h o mme aux cheveux noirs, aux yeux noirs, l a mo u stac h e noire, vtu d'un cos tum e noir d e c oup e l g ante, strictement boutonn jusqu'au m e nton. C' tai t D eve reau x Vous ne jouerez plus ce jeu, ce soir, Mr Carter, dit l'homme. Non, mais je jouerai un jeu plus savant et plus serr, Devereaux. Ah 1 dit Devereaux, vous me connais se z Oui, rpondit Nick. Je vous connais sous ce dguisement. Je ne vous ai pas reconnu en Avery. Rcapitulons, en personne naturelle vous tes con nu sous le nom de Rose; en petit vieux, sous le nom de Melrose et dans ce trave s tissement sous le nom d e Dcvereaux. Je ne parle pas de votre incarnati o n e n homme cheveu x gris et barb e grise, pDur la-

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26 U n Voisin mystrieux qu elle vous prenez un nom o il y a encore du rose. Est-ce bien tout?. Nick ne s'tait pas encore le'v de sa chaise, mais sa main caressait la crosse de son revolver. Vous tes trs brave, Mr. Carter, dit Devereaux. On m'a dit que rien ne peut branler vos nerfs. Je vous regarde en ce mom ent et je ne vois en vous ni un tressaillement ni un friss on, et ce pendant vous tes plus prs d e la mort que vous ne l'avez jamais t de votre vie. Alors, je dois en tre bien prs, dit Nick, car je l'ai chapp belle plus d une fois. Plus prs de la mort que vous ne l'avez t de votre vie l rpta Devereaux Sa voix basse, calme, ferme, exprimait une rsolu tion implacable. Vous avez une me confiante, et ouverte l'esp rance, Mr. Cart er, poursuivit Devereaux; mais il est inutile de croir e qu'il vous r es te aucun espoir. Il tenait les yeux fixs sur les yeux de Nick qui pouvait y voir briller les flammes de la haine Devereaux continua: Vous devez reconnatre que l'homme qui a eu la patience et l'habilet de vous attirer en ce lieu, comme je l'ai fait sous le nom d'Avery, a mis une certain e adresse arranger votre fin. Oui, dit Nick, sans abandonner son attitude de vant la table, vous avez dploy une trs grande ha bilet, et si cela peut flatter votr e orgueil, j'avouerai que vous m'avez compltement tromp Cependant, Mr. Devereaux, car j'aurai soin d'appliquer le nom qui convi e nt chacun de vos travestissements, vous pouvez tre certain que, depuis le moment o je vous ai rencontr au jeu de balle sous la forme de Mr. Avery, je n'ai jamais cess d'avoir mes soupons sur vous. Si vous avez aussi facilement consenti venir ici, en ayant des soupons, vous avez agi avec la plus in concevable tmrit. Je ne compte jamais le danger, rpondit Nick. Vous ferez bien de le compter maintenant, dit Dever eaux; car j'enten ds vous tuer. Pourquoi? demanda Nick. Il me suffirait d e vous dire que vous me gnez dans mon industrie mais ce n'est pas la raison. Mon industrie e::;t un pur incident qui r sult e de ma prsence en cette ville. J e suis venu ici pour vous tuer; vous tuer de sang-froid. C'est le projet que je ca resse depuis des ann es, depuis que vous avez tra qu et fait condamner mort mon ami, le se u l confi dent que j'aie jamais eu, Wilson Keyes. --Ah 1 oui, dit Nick, d'un ton de suprme in diff r ence; je crois que j'ai fait pendre ce noir et fieff sclrat. Les yeux de Devereaux lancrent des clairs. Il reprit: Je me trouvais au milieu des gardes autour de l'chafaud sur lequ e l Wilson K eyes est mort. J'ai alors fait le serment que l'homme qui l'avait envoy l, je le ferais mourir, mais pas avant de l'avoir fait souffrir comme il avait fait souffrir Wilson Keyes. A ce moment un coup sec rsonna sur la vitre de l a fentre Nick ne tourna pas la tte, ne fit pas un mouvement; il savait que c'tait le signal par lequel ses fidles lieutenants l'informaient qu'ils taient aver tis de sa prsence dans cette Cependant, Devereaux eut un tressaillement. Comme il se prparait traverser la chambre pour aller la fentre, Nick se dressa brusquement, et tirant son revolver, fit feu contre le mur. C'tait pour avertir Chick et Patsy qu'il rclamait" leur secours. Un instant aprs, un bruit mtallique particulier retentit dans la chambre, et, avec la sensation d'un coup violent sur la tte, Nick s'affaissa sur le par quet. Echec au Ro i Le coup qui avait renvers Nick Carter sur le plancher, tout en l'tourdissant en partie, ne l'avait pas suffisamment assomm pour lui enlever toute conscience. Il comprit qu'il avait t frapp sur la tte par une arme manie par ce Dever ea ux; mais il ne se rendait compte ni de la nature de l'instrument ni du coup qu'il avait reu. Il avait eu, en tombant la pense confuse que c' tai t quelque arme nouvelle, qui ne lui tait pas fami li re. C'ta it, en fait, un fusil vent qui ne tue pas, mais qui tourdit. Il aurait pu se soulever et se remettre sur ses jambes si, au moment de sa chute, un homme n'tait accouru de l'intrieur de l'appartem e nt pour lui appli qu e r contre les narines un linge imprgn de chloro forme. Devereaux aidait lui-mme, en cette besogne, l'homme que Nick n'avait pas encore vu. Le d te ctive employa toutes les ruses dont il pou vait faire usage d a ns son tat de stupeur pour viter de respirer les vapeurs d lt res. C'est pourquoi il ne perdit pas entirement con naissance, bien qu'il se sentt impuissant rsister aux efforts de ses deux assaillants. Le croyant insensible, ceux-ci le ramassrent et le transportrent en toute hte dans l'fatrieur de l'appar tem ent; de l ils deux tages dans l e derrire de la mai,;uu, et gagnrent une cour intri0nre, ainsi que Nick s'e11 rc1tdit compte confusm ent. Avant de perclre tonl fait connaissanee, avait retir
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. Un Voisin mystrieux. 27 dchir en petits morceaux:, de ce mme papier dont il avait jet une boule par la fentre. Il avait pu laisser chapper de ses doigts sans tre aperu par les deux qui le portaient, ces parcelles de papi e r, jusqu'au moment o, arriv l'escalier, il perdit tout fait connaissance. Le coup de pistolet que Nick avait tir quelques instants auparavant fut compris comme il devait l' tre par Chick et Patsy, comme une demande d'assistance. Le Chef est en danger, s'cria Patsy entraversant la rue d'un bond. Chick fut aupl'.s de lui aussitt; les deux dtec tives montrent prcipitamment les quelques marches qui conduisaient la porte d'entre. Il n'y eut pas de rponse leurs coups de son nette et leurs coups de p<>ings et de pieds contre la porte; assez solide p<>ur rsister aux efforts qu'ils firent pour l'enfoncer. Patsy sauta par-d essus la balustrade en fer du per ron et se trouva dans la petite cour devant la faade1 prs d'une des fentres basses; mais il s'aperut qu'elle tait protge par une grille d e f e r. Son il vif ne tarda pas d couvrir que d'un ct, en haut, un des barreaux, l' e ndroit o il s'en fonait dans la pierre de la faade tait un p e u descell. Il le secoua d toutes ses forces, mais ne put l'arracher, bien qu'il cdat un peu. Chick, s'cria-t-il 1 Chick d'un coup d'il vit ce que Patsy s'efforait de fair e ; il franchit lui aussi, la balustrade et sieJ trouva ct de son camarade Unissant leurs efforts, ils arrachrent le barreau de ses attaches et purent tou c h e r les vitres de la fentre guillotine. Sans plus tarder, Patsy d'un coup de pied bien appliqu fit voler les carreaux en clats, repoussant en mme temps les lourds volets en bois qui pro tg eaient la fen tre l'intrieur. Sans s'inquiter d e salir ni de dchirer leurs vtem e nts, les deux amis se glissrent dans l'ouv e rtur e qu e Patsy avait ainsi pTatique et se trouvrent dans une chambre meuble sommairement. La porte conduisant au vestibule tait ouverte; ils s'y prcipitrent pour grimper l escalier qui con duisait l'tage suprieur. Un homme en descendait dans l'intention vidente de les arrter; mais Chick le s a isit par la c e inture et d p loy ant tout e la vigueur de s e s muc es pu s san: s il le j eta par dessu s l a rampe si viol emment qu e l'hom m e, t o mb sur la t te r esta sans connaiss a n c e l' e ndroit mme de sa chute Ils mont rent l' e scali e r quatre quatre, en qute de la chambre o ils savaient que devait tre leur c h ef. Ils d'ouvrir la p<>rte qu'ils supposaient devoir y condu ire; elle tait ferm e cl e f; mais d'un mouv e m ent c ommun ils y appliqurent leurs paules et l'enfon c rent. Ils s'lanrent dans la chambre,. o la premire chose qui attira leur attention fut le chapeau de Nick sur le plancher, et un peu plus loin, son revolver. C'est bien l, dit Chick. Ils jetrent autour d'eux des regards anxieux et ne virent p e rsonne; ils pntrrent prcipitamment dans la chambre voisine, puis d a ns la suivante, avec le mme rsultat. Ils revinrent la premire chambre ; l, Patsy aperut les morceaux de papier de soie sur le plancher; il se dessus, et les ayant examins, poussa une exclamation. Alors, semblable un chien qui a trouv la piste de son gibier, il suivit les morceaux de papier qui le conduisirent la sall e manger Chick, cria-t-il, le Chef nous a donn la direc tion Chick se hta d'accourir et comprit d'un couo d'il la dcouverte de Patsy. Ils suivirent les mor ce aux de papier de soie, jus qu' l'escalier, o ils c e ssaient brusquement. Ils a d e sc e ndu cet escalier, dit Patsy. Ils all r ent jusqu'au bas, et se trouvrent dans un petit passage sombre sans lumire; mais o il y avait une porte, qu'ils trouvrent ttons. Patsy essaya de l'ouvrir, mais elle tait ferme clef. Chick tira de sa poche une lanterne dont il dirigea la lumire sur cette porte; il dcouvrit qu'e.Ue t enait en haut et en bas au moyen d'un ressort facile ouvrir. La premire chose qui attira ensuite l'atte ntion de Chick, fut un morceau d'toffe pendant un clou. Il prit ce morceau d'toffe l'examina avec soin la lumi re de la lanterne et dit: -C'est un morceau de l'habit du Chef -C'est bien cela, dit Patsy qui s'tait pench pour l'examin e r. Chick regarda le clou enfon c dans le cadr e d e ia porte et remarqua : -Ce clou est plant bien bas. Que voulez-vous dire? demanda Patsy. Quand un homm e en marchant fr a nchit une porte, s'il se heurte contre le montant c' ef\t d'ordinaire avec son bras cm son paule rpondit Chic k Alors, on le portait, dit P a tsy vi v emen t. On l'a endormi avec des drogues, conclut Chick. Ils se prcipitrent dans la cour sur laquelle s'ou vrait cette porte et remarqurent qu'un treillag e sp cialement install sur la crte du mur et recouv ert de vigne vierge et d'autres plantes grimpants ca ch ait efficacement l'intrieur de c ette cour aux maisons en vironnantes. Ils ne se sont pas arrts ici dit Chick L'aurai ent ils report dans la maison? dem anda Patsy, sautant une fentre qu'il venait d'aperc e voir. D'un coup d'il, il s'assura qu 'on n'avait point pass par l et il revint auprs de Chick qui exami nait attentivement un des cts de la clture

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28 Un Voisin mystrieux. Comprenant l'intention de Chick, Patsy courut l'autre ct et procda un examen semblable. Tous deux se rapprochrent ainsi du fond de la caur, en tournant les coins, et en suivant la paroi du fond jusqu' ce qu'ils se rencontrassent au milieu de celle-ci. Je ne vois pas d'ouverture, dit Chick; et il n'est pas prsumable qu'ils aient pu soulever un homme du poids du Chef pour le faire passer au-d e ssus de la clture travers le treillage. Il allait se dtourner et poursuivre ses recher c h e s ailleurs, quand une ligne singulire sur la clture attira son attention. Il y tourna la lumire de sa lan terne et vit qu'il n'y avait pas seulem ent une ligne, mais plusieurs qui, partant de points diffrents, se dirigeaient vers le centre pour se rencontrer en un mme point. -Allons! s'cria PatsyJ on dirait une trappe de vampire. --Qu'est-ce qui vous prend, jeune homme s'cria Chick wec humeur. Une trappe comme au thtre, reprit Patsy, en posant sa main sur le point o les lignes semblaient se rencontrer, et en poussant avec foi:_, il s'aperut qu'une partie de la clture cdait. Il pressa de tout son poids et parut s'enfoncer dans la cjture; une ouverture s'tait produite qui se referma derrire lui, laissant Chick en dehors. Mais celui-ci, voyant de quelle manire Patsy avait travers, se jeta avec force contre le mme endroit et passa comme Patsy l'avait fait. C'est un truc malin, dit il Patsy. Mais bien vieux au th tre, dit Patsy. Quand je jouais les dmons dans l'Escroc Noir, je me suis lanc travers des trappes semblables. Eh bien, quoi maintenant? fit: Chick. Dame 1 ils ont emport le Chef travers cette trappe, dit Patsy. Voil ce que c!est. Dans cette maison lbas, aj o uta Chick. L e s jeunes dtectives levrent les yeux vers la maison qui tait devant eux. D'o ils taient, elle semblait une maison quatre tag es car il y avait sur la faade quatre rang es de fen tres. Il n'y avait pas la m o indre lumire aucune des fentr e s, ni mme rien qui indiqut qu'elle ft habite. Un peu au-dessus de ce qui semblait tre le second tage 'Ulle construction avance en surplomb avait t ajorute ne s'levant que jusqu'au troisiwe. La faade de la maison donne sur la Neuvime rue de l'Est, dit Patsy. En face Stuyvesant Place, ajouta Chick. a ne nous avance rien de rester l, dit Pats y. Il faut entrer dans cette maison, d'une manire ou d'une autre, dit Chick. Allons, venez 1 Ils allrent la porte qui videmment conduisait au sous-sol, et d e l'ouvrir Elle tait fe' rme par de doubles barres et des ver roux. Ils essayrent les fentres; elles taient protg e s toutes deux par des barreaux en fer, trop solides pour tre branls. Pas moyen d'entrer par l, dit Chick. Ils r e culrent de quelques pas pour considrer l e moyen de parvenir sur le toit de la construction en saillie. Pendant qu'ils rflchissaient, le bruit sourd et mat de quelque chose qui tombait dans l'intrieur de la maison parvint leurs oreilles. Il y a quelqu'un l-dedans, dit Patsy. En regardant autour de la cour, Patsy vit, couch le long de la clture, un poteau qui ressemblait un mt de drapeau. Il appela Chick, et eux deux ils le soulvrent, le dressrent sur une de ses extrmits et le pen chrent jusqu' l'appuyer doucement contre la gouttire du toit de la construction avance. Comme un chat, Patsy grimpa le long du mt et atteignit le toit de cette construction, o Chick le suivit sans retard. Les fentres qui s'ouvraient sur ce toit taient protges par des qui s'ouvrirent fa cilement au premier effort; mais quand elles furent ou vertes, les dtectives s'aperurent que les fontres elles mme s taient solidement dfendu.es par des grillages en fer. Chick leva les yeux vers l'tage suprieur et dit: Je ne crois pas qu'il y ait de grillages c e s fentres ; nous pouvons y atteindre avec le mt. Essayons donc 1 dit Patsy, allant la goutti re pour hisser le mt. Mais comme il allait le soulever, quelque chose au-dessous de lui attira son attention; il se jeta ventre sur le toit et regarda par-dessus le bord. Il abaissa une main, et saisit le haut de l'un des grands volets qui ferunaient les rentres de cette con struction. Alors il appela Chick, qui vint aussitt, et il lui dit: -Ce volet n'est pas attach. Chick l'empoigna en mme temps que Patsy, et tous d eux l'ouvrirent un peu, puis le soulevant de ses gonds, ils le montrent sur le toit. Ils repoussrent alors contre le mur l'autre moiti du volet. Tenez-moi bien les jambes, dit Patsy. Chick les saisit, et il se pencha bellement en avant qu'il serait tomb s'il n'avait t bien tenu. Tirez-moi en arrire, maintenant, Chick s'cria. Patsy. Ds qu'il fut ramen sur le toit, il se to1,1rna v e r s Chick et lui tendit ses mains en disant: Chick, tenez-moi par les poignets, je vais des" cendre de ce ct l les pieds en ava!l Chick ne s'arrta pas le questionn e r, mais il fit ce qu'on lui demandait. Pats y s'agenouilla s u r la gout -'

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Un Voisin mystrieux. 29 tire, tournant le dos la cour, et, Chick le tenant so lidement, il avana un pied en ?ehors. Chick entendit aussitt le bruit d'une fentre sur laquelle o n ap puierait. Patsy allongea l'autre pied en dehors, et, bien qu'il ignort ce que faisait sol camarade, Chick comprit que Patsy, d'une manire ou d'une autre, avait pos les pieds sur quelque chose de rsistant. J'ai trouv une ouverture, Chick, dit Patsy. Lchez-moi les mains une minute. Quand Chick eut desserr son treinte, Patsy sai sit la moiti du volet ouvert et se laissa glisser en bas. Vous pouvez descendre par le mme chemin, Chick. Et Patsy disparut. Chick se mit en devoir de le suivre, et comme ses pieds se balanaient par-dessus le bord du toit, il sentit que Patsy les saisissait et les guidait vers un point d'appui. Il s'aperut bien vite que Patsy avait abaiss avec ses pieds la partie suprieure d'une des fentres guillotine de la construction en saillie et qu'il s'tait gliss pat cette ouverture. Il en fit autant. A l'intrieur, l'obscurit autour d'eux tait complte. Une voix frappa leurs oreilles, venant apparem ment de la chambre voisine. Mais ils ne purent dis tinguer ce que l'on disait. Ils entendirent des pas qui s'loignaient. Chick ce moment fit jaillir la lumire de sa lanterne. Echec et Mat. Ils se trouvaient dans une pice qui avait vi demment servi de bibliothque, car il y avait des vitrines et tagres, mais les livres en taient absents. Il y avait des sortes de portes-fentres, par les quelles on pouvait entrer dans la chambre voisine, mais qui taient videmment tendues de lourds rideaux du ct de cette chambre Si cett.e pice, o ils avaient entendu des voix, tait claire aucune lumire ne pouvait filtrer tra vers l'paisseur de ces rideaux. A l'extrmit de la chambre o ils taient, du mme ct que les fentres, il y avait une porte. Les deux jeunes dtectives s'en approchrent pas de loup et virent qu'elle s'ouvrait sur un vesti bule faiblement clair. En essayant avec prcaution d'ouvrir cette port.e, Chick constata en un instant, qu'elle n'tait pas sus pendue sur -des gonds, mais qu'elle glissait dans Une coulisse Il la poussa et elle disparut, sans bruit, dans sa coulisse. Un homme de haute taille, de carrure puissante, se tenait au haut de l'escalier conduisant au sous-sol; il leur tournait le dos, et tait videmment post en sentinelle. Aprs un moment d'hsitation, car ils sentaient que ce n'tait pas un adversaire ddaigner, et la suite d'un change rapide de signes compris entre eux, ils bondirent sur l'homme; Patsy en se baissant, d'un coup bien appliqu sur les jarrets du colosse, le fit flchir sur ses jambes, pendant que Chick le saisissait la gorge de sa main robuste. Ne s'attendant nullement cette attaque, le gant, car c'en tait un, tomba en arrire, et, en dpit des efforts de Chick pour l'en empcher, il s'croula sur le parquet avec un bruit formidable. Aussitt deux voix se firent entendre, l'une de l'tag suprieur, l'autre, apparemment, de la porte conduisant au petit salon sur le devant; tout.es les deux disaient dans les mmes termes: Qu'est-ce qu'il y a, Rocky? Patsy n'attendit pas davantage; il saisit son pisto let par le canon, et en assna un coup aussi violent qu'il le put sur la tt.e de l'homme terrass. Celui ci s'allongea, inert.e et sans connaissance; les deux dtectives le croyant mort, se prcipitrent par la port.e ouverte dans le petit salon sur l'arrire. En le traversant, Patsy culbuta une chaise et l'envoya heurter contre le mur avec un bruit fcheux. L'homme qui avait parl, la porte du petit sa lon de devant, se hta d'accourir dans l'autre et Chick se trouva en face de lui, dans la baie qui faisait com muniquer les deux pices . Damnation 1 s'cria l'homme. C'est Chick. Il s'lana; Chick n'essaya pas de se drober son attaque, 111ais lui appliqua en pleine figure un coup de poing, de toute la force de son bras repli. Qu'est-ce qu'il y a? dit la voix venant d'en haut. Pourquoi di able ne me rpondez-vous pas? L'homme avait trbuch sous le coup, sans en tre assomm; il se rua de nouveau sur Chick, en s'cri ant: -Le diable y trouvera son compt.e. De nouveau Chick frappa; le coup fut par en par tie, et l'on entendit alors le bruit de quelqu''Un d gringolant l'escalier de l'tage suprieur. Patsy courut au-devant, et atteignit la porte en mme temps que l'homme qui descendait. D'un coup d'il, Patsy reco1:mut dans le nouvel arrivant l'homme qu'il avait pourchass sa sortie du saloon de la Quatrime rue. C'tait Devereaux. Sans attendre d'tre attaqu, Patsy bondit sur lui; ce mouvement rapide le sauva d'un coup dirig contre lui par un curieux instrument que son adversaire te nait la main.

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30 Un Voisin mystrieux. Quelque chose siffla l'oreille de Patsy; il aurait cru que c'tait une balle, s'il avait entendu la tona tion d'un revolver. Il pensa tout de suite que ce pouvait tre un fusil vent. Il n'y fit pas autrement attention, absorb qu'il tait dans son effort pour triompher de ce nouvel antagoniste. D'un coup dans l'estomac qui courba l'homme en deux, Patsy lui fit mesurer le parquet. Mais la victoire ne tut pas si facile. L'homme tait souple et agile comme un tigre. Il se tordait, glissait, se tortillait de faon chap per l'treinte qui voulait le retenir couch sur le sol, et obligeait Patsy dployer toute sa vigueur et toute son adresse. Enfin Patsy crut remarquer que l'homme s'effor ait de tirer un couteau de sa poche; il lcha prise un instant, juste pour lui permettre de le faire. Mais peine le couteau fut-il entre les mains du bandit que Patsy saisissant le poignet, le tordit de telle sorte que l'arme s'chappa des doigts de De vereaux, auquel la douleur arracha un. blasphme. Il fit pourtant encore quelques efforts pour ra masser son couteau, mais Patsy, perdant patience de vant cette obstination, redoubla d'efforts et s'appuyant de tout son poids et de toute sa longueur sur Devereaux, il le prit la gorge et lui cogna la tte, sans piti contre le plancher. Mais les bonnes intentions de Patsy furent frust res par l'paisseur du tapis, et il s'aper ut bientt qu'il ne pouvait rduire la tte de Dev e r e aux l'tat qu'il dsirait. Alors treignant de nouveau la gorge du sclrat avec sa main gau c he, il lui soul eva un peu la tte, et malgr les efforts de celui-ci pour l'en empcher, il lui appliqua une demi dou za ine de coups de poing, rapides et mauvais, qui firent couler le sang flots Enfin un dernier coup terrible sur le menton sembla mettre un term e sa rsistance. Dans l'intervalle, Chick avait eu soutenir une lutte encore plus srieuse, car l'homme qu'il avait devant lui tait non seulement de force suprieure, mais un adroit boxeur. Ils s'taient battus dans le petit salon de rir e, r e nversant les chaises et les et la pice t a it s e ns d e s s us dessous, quand Chick trouva l'oc casiop. qu'il cherchait et frappa un coup qui r e nversa son adversaire sur le plan c her. Les deux combats avaient dure : peu prs le mme temps. En ce moment, un cri se fit entendre de l'tage sup ri eur; Chick et Patsy reconnurent la voix de leur chef. Il dis a i t : Ne les laissez pas chapper. Je suis garrott, ma i s s a in et sauf. Patsy, croyant que son homme avait perdu con nai s sance, s'lana dans l'escalier, gagna d'un bond une c hambr e sur l e d e rri re dont il vit la port e ouverte et trouva Nick Carter, tendu sur le plancher les membres attachs. On lui avait mis un billon, mais il avait russi le faire glisser de sa bouche, pendant que Chick et Patsy taient occups, comme on l'a vu, l'tage infrieur. Coupez les courroies, dit Nick. Je veux prendre part la chose et vous donner un coup de main. Patsy se mit rire en coupant les lanires dont il dbarrassa son chef, et lui dit: Je crois que tout est fini, Chef. Mais l'instant d'aprs, ils entendirent un cri de Chick l'tage infrieur; tous deux se prcipitrent dans l'escalier, Nick arm d'un revolver que Patsy lui avait mis dans la main. Dans leur hte, ils se cognrent l'un contre l'autre et encombrrent le passage, alors Patsy se lanant sur la rampe, se laissa glisser en bas. Malgr la rapidit de sa descente, il n'arriva pas avant Nick au pied de l'escalier. Il tait temps; Chick tait assailli par les trois hommes, qui avaient repris connaissance dans le court espace de temps que Patsy avait pass en haut. Il tait accul en un coin du petit salon, dans la position la plus avantageuse qu'il et pu prendre, faisant face aux trois hommes dont les coups conver geaient sur lui. -Ce dmon de Devereaux m'appartient, s'cria Nick. En entendant ces mots Devereaux se retourna, et le couteau lev, s'lana sur le fameux dtective, les yeux tincelants d'une fureur meurtrire. Il abaissa son couteau d'un geste farouche; mais Nick lui appliqua un coup formidable sur l'avant-bras, et le couteau vola en l'air av e c tant de force que sa pointe s'enfona dans le plafond et y resta fixe. Priv de son Dev e r e aux chercha prendre Nick la gorge. Nick le laissa approcher, lui entoura la taille de son bras gauche et, lui serrant la gorge de la main droite, l'carta de lui, pendant qu'avec son pied droit il paralysait les mouvements de s e s jambes qu'il re tenait au plan c h e r. Devereaux tait ainsi rduit l'impuissance, sous l'treinte athltique du dtective. Pouss en arrire par la main qui lui serrait la gorge, en mme temps qu'il tait retenu dans le bras gauche de Nick, sa colonne vertbrale semblait prte se briser et il souffrait horriblement. Son visage tait pouvantable voir; on pense bien que les coups que Patsy lui avait donns ne l'a vaient point embelli; mais ses yeux montraient que si le corps tait vaincu, l'nergie et la haine n'taient pas domptes. Cependant Patsy avait attaqu de nouveau le gant qu'il avait dj abattu d'un coup de crosse de re v olver au dbut du confli.t.

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Un Voisin mystrieux. 31 C'tait une lutte ingale, car le poids norme de l'homme rendait lui seul une victoire presque im possible; il tait trop lourd pour tre culbut et r dUit merci. Sans doute Patsy le frappait aussi qu'il le voulait, en chappant facilement lui-mme aux coups ports par ce gigantesque adversaire; mais celui-ci tait si grand et si gros que l'agile Patsy ne russissait pas en venir bout. Je m'puise lutter contre vous, vilain l phant, s'cria-t-il. A genoux, tout de suite, ou je vous envoie une baUe dans la peau. Le colosse crut videmment que le jeune garon, car pour lui Patsy n'tait pas autre chose, n'en arri verait pas excuter sa menace, et il se prcipita avec plus de fureur. Patsy tira, et l'atteignit au bras. Le coup de feu et la balle loge dans ses chairs suffirent lui ter l'envie de combattre, bien qu'il ne ft pas srieusement bless. Chick, dbarrass des deux autres, attaqua vive ment son adversaire, qu'il terrassa et mit hors d tat de nuire. Je vais donner cet individu, dit Nick, la mon naie de sa pice et le traiter comme il m'a trait 1 D'une impulsion soudaine, il fit pivoter Devereaux; alors il lui croisa les bras derrire le dos et les attacha solidement avec des cordes; puis, le jetant terre, il lui lia les chevilles ensemble et le repoussa loin de lui en disant: Vous resterez l jusqu' ce que j'en aie fini avec les autres. Qui tes-vous, demanda-t-il en allant vers le gant? L'homme leva la tte et dit: Misricorde 1 C'est Nick Carter. Tiens 1 c'.est lsaacs le Juif 1 dit Nick. Comment vous trouvez-vous ici? -Eh bien 1 je vais vous dire, fit le juif. Jake le Craqueur est venu me trouver ce soir et m'a dit: Voulez-vous gagner vingt doUars? J'ai rpondu: Oui. Alors, il m'a dit: Allez dans cette maison, et vous le s aurez. Alors je suis venu. Alors l'homme fa figure en marmelade m'a dit: Vous ferez sentinelle cet escalier et si quelqu'un monte ou vient la porte d'entr e, vous le flanquerez dehors. Je dis: a va bien. Alors j'ai reu le coup sur la tte et je n'en sais pas davantage. Nick se tourna vers Chick et Patsy et leur dit: C'est comme cela que Devereaux opre d'habi tud e Il avait besoin d'un homme brave pour faire le guet et lui porter secours, si c'tait ncessaire; mais il n'a pas voulu du tout l'initier son dessein. Se tournant de nouveau vers le gant, il lui dit: Avez-vous reu vos vingt dollars? Oui, je les ai en poche. f\lors, dit Nick, allez en dpenser une partie pour faue panser votre bras et n'y revenez plus. L'homme le regarda d'un air ahuri, comme s'il ne pouvait pas croire qu'on le laisst libre de s'en 0ui, je parle srieusement, Isaacs, dit Nick. Vous n'avez rien fait ici, cette nuit, qui ne ft cor au point de vue o vous ;ilacez. Je ne pour':rais pas vous retenir prisonnier si je le voulais, et je ne le vem pas. Allez-vous-en 1 Le gant saisit son chapeau et fila dare, dare Nick se tourna alors vers celui que Chick avait deux fois jet par terre et qu'il trouva assez remis pour l'entendre Je ne vous ai encore jamais vu, dit le dtec tive. Qui Mais l'homme ne voulut pas rpondre. Alors Nick se tourna vers Chick, et lui dit: Attache-le, Chick. Je ne sais qui il est, mais je crois que si nous faisons une enqute dans ces parages, nous dcouvrirons que la justice le rclame quelque part. L'homme se laissa garrotter, videmment persuad que toute rsistance tait inutile. On venait peine de le ficeler proprement, quand un violent coup de sonnette se fit entendre la porte. Nick dit Patsy d'aller voir et de rpondre. Patsy obit et ouvrit la porte Andy Grogan et Mugsy Craw. Il se mit rire en les voyant et dit: Avez-vous cuv votre boisson, Mugsy? Mugsy lui jeta un. regard irrit et fit mine de sortir; mais Patsy avait ferm la porte derrire lui. Vous n'allez pas quitter la maison, avant d'a voir vu vos amis, dit-il. Il les poussa dans le petit salon Andy Grogan tressaillit quand, en entrant, il aper ut Chick. Vous n'avez pas t long trouver du travail Andy, lui dit Chick. Dites donc, camarade je ne sais pas encore pour quelle besogne on m'a fait v e nir, repartit Andy. Je puis vous le dire, dit Chick. Jake le Craqueur vous a dit que vous pouviez gagner vingt dollars en venant ici cette nuit. C'est vrai, dit Grogan surpris. Vous ne saviez pas pour quoi faire; mais je vais vous le dire: c'tait pour surveiller Nick Carter gar rott et billonn et peut-tre pour le transporter quel que part avant le lever du jour. Je ne sais rien de tout a, dit Grogan. Jake m'a envoy ici et m'a dit qu'il n'y avait rien de mal faire, et que je pouvais facilement gagner mes d eux billets de dix dollars. Mais dites donc, camarade, Nick Carter n'est ni li ni billonn, puisque le voil. Non, mais vous n'en direz pas autant de celui qui doit vous donner les vingt dollars, dit Chick. Et il dsignait du doigt Devereaux, tendu sous le manteau de la chemine. Grogan recula de surprise. I

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1 1 1 1 _______________ Un mystri e i x. 1 Sainte bont! s'cria-t-il, c'est le dans ses autres frusques. petit vieux en avais prvenu, et comme il roulera tous ceux qui Renvoyez-les, Chick, dit Nick; nous n'avons rien contre eux. Les deux voyous s'empressrent de dguerpir, heu reux de s'en tirer si bon compte. Nick alors alla Devereaux, le souleva de terre et l'assit slir une chaise. Vous voyez, Devereaux, vous ne m'avez pas tu et vous ne me tuerez point. Je sais depuis long temps que vous menacez de le faire . Je ne laisse jamais chapper un homme qui a profr cette menace. Le malfaiteur n'est pas encore n, ni prs de natre, qui se dbarrassera de Nick Carter. Qui sait? dit Devereaux. Vous pouvez me faire condamner un an ou deux de prison pour ce que j'ai fait cette nuit; mais une fois sorti de prison, je finirai la besogne que j'ai commence ce soir. Votre vie ne sera pas assez longue pour arri ver au terme du chtiment qui vous attend, dit Nick. Deux ans tout au plus, dit Devereaux, pour cette affaire. Vous ne ferez pas un jour de prison pour cette affaire, lui rpondit Nick tranquillement. Vous attraperez vingt ans pour rapt d'enfants et extorsions; vous en attraperez vingt autres pour falsification de chques l'aide d'encre sympathique. A ces quarante ans s'en ajouteront dix autres pour les vols aviec effraction qu' ma connaissance, vous avez prpars; et cela fait un total de cinquante ans de prison si vous vivez assez longtemps pour les accomplir. Devereaux se tourna vivement vers lui et lui dit: Que savez-vous de tout cela? .J'ai recu e illi tous les tmoignages ncessaires depuis peu prs vingt-quatre heures, dit Nick. Il n'y a pas d'chappatoire pour vous. Tout rus et intelligent que vous soyez, vous tes pris, et pour de bon. -Je vous avais averti, Devereaux, dit l'homme dont on ignorait encore l'identit, qu'il fallait laisser Nick Carter en dehors de votre chemin. Vous vous tes attaqu lui et il vous a roul, comme je vous s'en prendront lui. Et maintenant, Chick et Patsy, dit Nick, nous allons conduire ces gaillards-l au poste, formuler les accusations que nous portons contre eux, et terminer ainsi l'affaire de notre excellent voisin du troisime tage. Il n'y avait pas loin de la maison de St. Mark's Place au poste de police et les deux hommes furent bientt mis sous clef et hors d'tat de nuire. Devereaux passa en jugement, et fut condamn, comme Nick le prvoyait, passer le reste de sa vie dans une prison de l'tat. C'est sur le tmoignage de Nick Carter qu'il fut condamn. L'avocat gnral du district pressa Nick de le poursuivre pour tentative d'assassinat sur sa personne, mais Nick ne voulut pas entendre parler. de cela, allguant que ces accidents taient insparables de la profession qu'il exerait de pourchasser et de traquer les voleurs et les assassins. On dcouvrit que l'homme arrt avec Devereaux tait un des criminels les plus dangereux des pro vinces de l'Ouest, qui avait t en relation avec Deve reaux dans ces rgions, mais qui n'avait pris part aucun de ces actes dans les villes de l'Est. On le recherchait Chicago; il fut reconnu par les autorits policires de cette ville, auxquelles il fut livr, pieds et poings lis. Sans cela il et chapp au chtiment, car Nick se refusa galement l'accuser de tentative d'assassi nat contre lui. L'homme qui avait jou le rle de Tillman dis parut cette nuit-l de la circulation; on ne le revit jamais plus. Eh bien, mes garons, avait dit Nick, quand les trois dtectives regagnrent leurs domiciles la nuit de cette capture, je ne dsire pas avoir souvent des voisins de cette espce. Je m'en mfierai davantage dornavant. Et les trois hommes taient alls prendre un repos bien mrit, en attendant une nouvelle affaire. FIN. Le prochain fascicule (No. 8) contiendra: ,,La Victime d'un Empoisonneur ... .r.'"; 1 t I.' A. Eichler; impr., dit Paris